Médecine : « Trois nouveaux médecins tchadiens promus professeurs par le CAMES »

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Après la délibération du 19ème conseil académique d’agrégation du CAMES (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur), le 12 novembre 2018 à Libreville au Gabon, trois Tchadiens sont admis au grade de maître de conférences. Il s’agit de Dr Ali Mahamat Moussa, gastro-entérologue, de Kimassoum Rimtebaye, urologue et de Dr Foumsou Lhagadang, gynécologue-obstétricien, tous enseignants à la faculté des Sciences de la santé humaine. L’Info s’est rapproché du directeur général de l’hôpital général de référence nationale, le Pr Choua Ouchemi, par ailleurs coach de l’équipe, pour plus de détails.

L’Info : Le Tchad vient d’enregistrer au 19ème concours d’agrégation de médecine humaine du CAMES trois nouveaux professeurs. En tant que parrain de l’équipe, quels commentaires faites-vous ?                                                                                                                                 Pr Choua Ouchemi : C’est avec beaucoup de fierté que nous avons accueilli le résultat du concours. Pour la promotion des médecins enseignants, au niveau du CAMES, il y a un concours qui se fait tous les deux ans. C’est un concours très sélectif constitué de plusieurs épreuves. Une épreuve titrée e-travaux au cours duquel le candidat se présente et élabore toutes les activités scientifiques qu’il a faites et les axes de recherche, en quoi ces axes peuvent contribuer au développement de son pays. Il y a une épreuve dite de leçon consistant à donner à ce candidat un accès libre aux documents ; il prépare une leçon en cinq heures.  Cette leçon doit être présentée de manière chronométrique en 45 minutes aux étudiants. C’est une conférence qu’il faut présenter aux étudiants. Il donc faut trouver une cible qui peut être les étudiants en médecine en 1ère, 2ème, 3ème ou 4ème  année ; il faut se fixer des objectifs pédagogiques et conclure cette leçon sur une durée de 45 minutes chrono.

Si vous dépassez les 45 minutes, vous êtes hors du temps, et théoriquement, vous pouvez être déclassé. Il y a une dernière épreuve, celle du malade qui consiste, après avoir passé les deux autres épreuves, à aller dans un service spécifique selon la spécialité. On vous confie un malade que vous devez interroger en 15 minutes, pour lequel vous devez demander tous les examens d’orientations diagnostiques. Et après avoir posé le diagnostic, expliquer à vos étudiants ce que le malade a, et ce qu’il n’a pas, même si c’est des pathologies similaires, c’est-à-dire exclure la maladie similaire à celle que vous avez ciblée. C’est après avoir passé ces trois épreuves qu’on vous déclarera professeur agrégé. C’est une étape extrêmement éprouvante, parce qu’elle se prépare en plusieurs années, trois ou cinq ans, au cours de laquelle vous affinez vos publications, vous vous entraînez à la pédagogie, à des séminaires, à sillonner toute l’Afrique francophone, etc.

Au Tchad, nous avons certes une carence en professeurs. En 2012, nous avions eu un confrère anesthésiste/réanimateur, le Pr Kaboro Mignagnal, qui s’est présenté au concours. En 2016, je me suis présenté, j’ai été déclaré professeur agrégé en chirurgie générale. L’une des fonctions de professeur agrégé est de promouvoir la préparation d’autres confrères. Il est certes vrai également que les disciplines sont différentes, mais l’ossature de la préparation est presque la même. Les préparatifs sont très contraignants, intellectuellement, physiquement, et financièrement. Pour moi et pour toute l’équipe, c’est une immense joie, une libération, puisque j’ai reçu des félicitations des confrères d’autres pays. Sur 21 candidats, 12 ont été admis. Le Tchad a présenté trois candidats. C’est une première, et tous les trois ont réussi. Donc c’est 100 % de réussite. Je pense qu’ils ont hissé haut le drapeau du Tchad.

Quel sera leur apport au Tchad, et à la faculté des sciences de la santé humaine de N’Djaména ?

Les médecins enseignants de rang magistral sont vraiment un facteur de développement, parce qu’ils augmentent la qualité de l’enseignement au niveau de la santé. Les médecins seront bien formés, puisque l’agrégation vous donne un bagage spécifique de préparation scientifique et structure l’enseignement. Dans notre domaine, la qualité de l’enseignement influe aussi sur la qualité des médecins qui sortent. Nous aurons sûrement des bons médecins qui vont prendre en charge de manière adéquate la population. Ils sont encore un facteur de développement, parce qu’à partir d’eux peuvent murir aussi des bons plans pour le développement de la santé. La préparation au concours permet de créer une relation et un réseau d’amis et des confrères étalés dans toute l’Afrique. On n’est plus isolés. Actuellement, si vous partez dans n’importe quel pays d’Afrique francophone pour votre problème de santé, par exemple si vous dite ‘’j’ai un problème de gynécologie’’, on vous dira ‘’qu’au Tchad un tel professeur peut s’occuper ça’’. C’est une ouverture vers les autres nations pour dire que nous aussi avons approfondi la réflexion, sommes à même d’avoir un enseignement de qualité.

Peut-on espérer un jour avoir des écoles de spécialisation au Tchad ?

Nous avons déjà des écoles de spécialisation. Le gouvernement a constaté que beaucoup de spécialistes tchadiens ne rentrent pas au pays pour différentes raisons. Suite à cela, il a demandé à l’université de N’Djaména d’organiser des écoles de spécialisation quitte à se faire aider par les pays de la sous-région. En parrainage avec l’université du Benin, nous avons ouvert une spécialisation en gynécologie-obstétrique. Après la gynécologie-obstétrique, l’école de spécialisation en pédiatrie est née en 2014. Il y a enfin celle de chirurgie générale. Nous recrutons chaque année entre cinq et dix médecins que nous accompagnons sur un parcours de 4 ans en gynécologie et pédiatrie, et 5 ans pour la chirurgie générale. D’autres spécialités suivront dans les années à venir.

Que dites-vous à ceux qui sont sceptiques quant aux compétences des médecins tchadiens ?                                             

Je pense qu’humainement les gens pensent que le jardin du voisin est beaucoup plus vert. Pour cela, on a tendance à dévaloriser les choses de chez soi. Mais nous avons des éléments qui nous font penser que les Tchadiens ne sont pas des mauvais médecins et que la formation au Tchad n’est pas mauvaise. Beaucoup de nos étudiants se sont spécialisés dans la sous-région et la plupart de ceux qui sont sortis de la faculté de l’université de N’Djaména sont des majors des promotions où ils sont allés se spécialiser. Au vu de la comparaison qu’on peut faire avec ceux d’autres pays, nous ne déméritons pas. Je trouve que c’est une fausse idée quand certains pensent que ce qu’on a localement n’est pas bon.

Propos recueillis par Badour Oumar Ali

 

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