Jacques Nadingar : « Un pionnier de l’indépendance »

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Originaire de la Nya (Logone géographique), Jacques Nadingar est né en 1930 à Miandoum. Il a fréquenté l’école officielle de la localité puis l’école normale de Bongor. Après sa sortie de l’école normale de Bongor vers 1948, il a successivement exercé comme moniteur de l’enseignement dans plusieurs localités  du Logone (Kélo, Dono-Manga, Bao, Bébédjia)avant de s’installer à Moundou. Il est le tout premier enseignant de l’école officielle de Bao d’où le baptême du lycée de cette localité en son nom en 2010

Homme au caractère fougueux et à l’esprit brillant, Jacques Nadingar s’est signalé très tôt par son combat contre l’injustice et l’arbitraire qui caractérisent le système colonial. Membre influent du syndicat autonome des enseignants, il s’est aussi fait remarqué comme un ardent défenseur de la  paysannerie logonaise dont il est témoin de la souffrance. C’est grâce à sa lutte que des centres d’achat du coton  sont créés dans plusieurs villages alors qu’auparavant, les paysans étaient obligés de transporter leur récolte dans les centres uniques des chefs-lieux des cantons. Ce même engagement en faveur de la promotion du monde rural  l’a aussi amené à créer un premier cours d’alphabétisation des adultes (baptisé « école Va Là-bas ») chez lui à Bébédjia. Car pour lui, les lumières de l’instruction doivent profiter à tous y compris les paysans comme instrument de contrôle de la vente de leurs cotons. Sa victoire majeure a surtout été le démantèlement par l’administration des camps de concentration où les chefs des cantons du Logone parquaient les jeunes filles arrachées à leurs familles pour l’entretien des  « champs du chef ». C’est en effet à la suite d’un rapport  qu’il a rédigé à l’attention du député Gabriel Lisette que l’Administration a interdit ce phénomène de «  traite des filles » alors très répandu dans le Logone.

 L’étoile montante du PPT/RDA

Le combat de Jacques Nadingar contre l’arbitraire colonial  l’a naturellement porté vers le Parti progressiste tchadien/Rassemblement démocratique africain (PPT/RDA) dont il est devenu un fervent militant. Grand admirateur de Gabriel Lisette, il est rapidement devenu avec  des jeunes comme Jean  Nadji et Charles  Abdelkader, l’une des figures de proue du combat progressiste en pays ngambaye à la fin des années 1950. C’est à ce titre qu’il est élu à l’Assemblée  législative du Tchad en mai 1959. Excellent orateur, il s’est illustré sur les bancs de cette institution comme un  fervent  défenseur des intérêts du monde rural et plus particulièrement des  producteurs de coton. La carrière parlementaire de Jacques Nadingar n’aura cependant été que de courte durée. Alors qu’elle était en pleine ascension, cette étoile brillante s’est brusquement éteinte deux mois seulement après l’accession du Tchad à l’indépendance. Dans la nuit du 3 au 4 novembre, les dissidents se réunissent au domicile d’Allahou Taher pour préparer la séance du lendemain,jour du vote de la motion. Subitement, le député Nadingar, meneur du groupe,est saisi de violents maux de ventre. Comme son état ne faisait qu’empirer, il est ramené momentanément chez lui puis transporté à l’hôpital de Fort-Lamy où il rend l’âme au petit matin après une agonie agitée.

L’Info

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