Tchad : « la culture est le socle de notre développement », Madeleine Alingué

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Du 22 décembre 2018 au 2 janvier 2019, N’Djamena a bougé au rythme des arts et cultures tchadiens sous la bannière du festival « Dary ». Organisée par le ministère du Développement Touristique, de la Culture et de l’Artisanat à travers l’Office National pour la Promotion du Tourisme, de l’Artisanat et des Arts, cette rencontre a été appréciée par les N’Djamenois et les Tchadiens venus de l’intérieur du pays. L’Info revient sur les détails de l’organisation avec la ministre Madeleine Alingué.

L’Info : Du 22 décembre 2018 au 2 janvier 2019, s’est déroulé à N’Djamena le festival Arts et Cultures « Dary ». Quels enseignements tirez-vous de cet évènement ?

Madeleine Alingué : Je voudrais tout d’abord vous souhaiter mes meilleurs vœux pour cette année 2019. Qu’elle soit une année de santé pour tous les Tchadiens. Egalement une année de succès dans tous les projets que nous réalisons afin que le développement et le redémarrage économique de notre pays puissent se faire avec la culture. Le ministère du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat a organisé du 22 décembre 2018 au 2 janvier 2019 le festival « Dary ».  C’est une initiative qui était déjà inscrite dans les activités du département depuis 2009 et qui avait déjà eu une première version réalisée à Moundou. Peut-être qu’elle n’avait pas eu la dimension voulue. Mais le ministère du Développement touristique dans le sens de la continuité a repris cette initiative de réunir sur un espace donné les 23 provinces du Tchad. La nouveauté était dans le format et la perspective économique que nous voulons lui donner. Elle avait comme premier objectif, de réunir notre diversité culturelle. Nous voulons également offrir aux festivaliers un espace  festif.  Aussi, il s’agit de voir dans quelle mesure on pouvait rendre les activités culturelles rentables afin que la culture soit valorisée sur le plan économique et financier.

L’équipe autour de l’Office national pour la promotion du tourisme, de l’artisanat et des arts s’est réunie. Elle a planifié l’activité et pendant 12 jours nous avons organisé ce festival à la place de la Nation. Nous avons mobilisé les 23 provinces de la Nation. Nous nous sommes fait accompagner par plus de 60 entrepreneurs qui ont exposé leurs produits. Nous avions des aires de jeux pour enfants et de restauration. Des animations culturelles permettaient d’avoir des divertissements. Le festival a été ponctué des visites très importantes qui nous ont permis de booster l’activité. Nous avons eu plus de 70 artistes nationaux et internationaux. Il y avait plus de 200 000 visiteurs pendant ces 12 jours. Je crois en conclusion que N’Djamena voire le Tchad est en manque d’espace de loisirs et de diversité culturelle.

Lors de la cérémonie de clôture, vous avez émis le vœu que cette initiative soit, dans la limite du possible, perpétuée. Pouvez-vous d’ores et déjà rassurer la population ?

Le brassage culturel est quelque chose qu’on a constaté définitivement. Toutes les activités que le festival offrait avaient une contrepartie financière. Notre grande surprise est que les festivaliers n’ont pas manifesté de résistance à cela. Le coût était analysé de sorte que ça soit accessible à tous. Les entrées pour les enfants de moins de 16 ans étaient à 250 Fcfa, les adultes à 500 Fcfa. Certaines activités à 1000 Fcfa, les concerts à 5000 Fcfa, etc. Les festivaliers ont valorisé économiquement toutes ces activités. Nous avons démontré que les activités culturelles peuvent être viables économiquement et à moyen terme rentables. La pérennisation va passer par cette viabilité économique que nous pouvons offrir en termes de culture. Pérenniser bien-sûr par un acte juridique qui le formalise. Cette première expérience nous a démontré que les Tchadiens peuvent payer pour une activité qui soit satisfaisante.

Le privé s’intéresse peu à la chose culturelle. Que comptez-vous faire pour changer la donne ?

Les populations doivent voir dans la culture et l’artisanat un potentiel de richesse économique et financière. C’est l’ancrage du tourisme qui fait valoriser cela. 200 000 festivaliers, ce sont 200 000 touristes qui viennent sur un espace défini. La culture et l’artisanat sont des produits que nous pouvons commercialiser. Quand ils sont présentés sous cet angle nous pouvons démontrer leurs valeurs intrinsèques et que les investisseurs publics comme privés puissent s’y intéresser. Quand quelqu’un vient et achète une calebasse d’une région définie, ce produit culturel se transforme en un produit commercial. Plus on va organiser des activités comme celles-là, plus on va montrer notre créativité et notre qualité artisanale et plus on va attirer des investisseurs qui pourront les promouvoir  au-delà de nos frontières.

Durant le festival, certains participants venus des provinces se sont plaints de leur mauvaise prise en charge. Comment comptez-vous prendre pour les prochaines éditions ?

Le système que nous avons mis en place pour organiser le festival « Dary » est basé sur la valorisation. Etant un département, nous ne pouvons que valoriser et promouvoir. Nous avons demandé à tous les acteurs de cet espace de pouvoir s’autofinancer. Nous avons bien-sûr travaillé avec des partenaires essentiels qui nous ont aidés dans l’accompagnement. Des départements ministériels comme l’Administration du territoire, la Communication, la Santé publique ont été à nos côtés. Nous avons travaillé également avec la mairie, la Société nationale d’électricité, la Société tchadienne d’eau. Nous avons mis tout un dispositif qui permettrait à tous ces acteurs venant des régions de montrer leurs valeurs. Nous avons une tradition où l’Etat garantissait à tous, une prise en charge complète. Nous sommes à un moment où il faut repenser notre format de couverture. Chaque province était informée du fait qu’elle devait se prendre en charge. Les délais étaient très variables. Il y avait des provinces qui ont pu s’autofinancer sur les 12 jours. D’autres ont un peu du mal donc, elles sont restées 4 jours. Mais la base de notre relation c’était l’autofinancement pour dire qu’ils ont valorisé par eux-mêmes leurs produits et l’Etat ne peut pas continuer à subvenir à tous nos besoins. Il faut vraiment faire comprendre à nos concitoyens que le service public n’est pas gratuit.     

Le ministère que vous dirigez aurait, selon certaines indiscrétions, « arraché » le festival « Dary » qui serait l’initiative d’un particulier. Quel commentaire faites-vous à propos de ces remous ?

Le festival national des arts et des cultures est un projet qui est inscrit dans les activités du ministère du Développement touristique. Sa réalisation ne peut pas être quelque chose de plagier. Le festival national des arts et des cultures on a voulu lui donner un nom. Nous avons commencé la réflexion avec l’équipe technique qui a travaillé par lui donner le nom du festival « Daar ». Et d’ailleurs le lancement qu’on a fait avec la presse c’était sous ce nom. Cependant, si vous partez dans le secteur de la propriété intellectuelle et les réseaux sociaux, vous avez énormément des festivals qui s’appellent « Daar » ou « Darna ». Et nous en tant que département qui travaille pour le droit d’auteur et la propriété intellectuelle, nous avons considéré qu’il fallait ajuster ce nom. Un nom qui ne rentre pas en rivalité avec d’autres. Donc nous sommes passés à une dénomination particulière qui est « Dary ». Donc je ne sais pas quelles sont les informations qui peuvent venir dire que nous avons copié une activité inscrite dans nos projets de manifestations culturelles. Nous  avons entendu que c’est le fait qu’on le fasse  à la place de la Nation. Combien d’activités  sont faites à la place de la Nation ? Est-ce que quand on organise le 1er décembre à la place de la Nation on fait le plagiat, est-ce que quand on y organise le 11 août on le copie. La place de la Nation est un espace ouvert. Pour pouvoir y accéder il y des procédures. Ces informations qui circulent ne concernent que ceux qui les émettent et ne regardent pas tout l’impact que le festival «Dary » a eu. Je crois qu’il faut dépasser les sentiments particuliers pour se mettre à un  niveau où on offre des espaces de communion et qu’on peut travailler tous ensemble.

Quel message adressez-vous à tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à la réussite de « Dary » ainsi que pour l’avenir dans le domaine de la culture en général ?

Nous avons un potentiel et une diversité qui doivent être exploités. On a beaucoup de richesses qu’il n’y a pas suffisamment d’acteurs pour les exploiter. Nous avons besoin d’acteurs et d’investisseurs sérieux qui prennent en charge les valeurs qui font de nous des hommes et femmes. Je reconnais qu’il y a des ressources humaines et intellectuelles qui sont très valables. Elles peuvent construire de grandes choses. Nous avons aussi les ressources matérielles parce que le village artistique du festival a été construit uniquement avec des matériaux locaux. Les espaces sont remplis par des artistes nationaux. Je pense que le festival « Dary » n’est pas la seule manifestation qu’il faut offrir. D’autres, peut-être, plus particulières sur toute l’année afin que nous puissions remplir notre mission. La culture est le socle de notre développement. Nous pouvons l’utiliser à un moment donné pour notre liberté et notre unicité.

Interview réalisée par Badoum Oumandé Henri

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