Migration vers le tout numérique : le Tchad est à la traine

Siège de l'Onama/ /Ph. Youwa / ATPE
Ces dernières années, nous avions vu le passage au numérique comme une évolution homogène. Chaque pièce de la chaîne analogique était remplacée par son équivalent numérique au fur et à mesure des progrès techniques. Nous découvrons à présent que le numérique est un processus extrêmement diversifié qui exige un ensemble de choix stratégiques.

Le numérique conduit à l’intégration de toutes les fonctions en un seul processus qui va de la captation des informations jusqu’à leur diffusion et à leur archivage. D’un côté, cette intégration permet de centraliser et de coordonner davantage toute l’activité d’une radio ou d’une télévision. De l’autre côté au contraire, elle favorise l’autonomie et la performance des petites unités. Le numérique transforme la chaîne des métiers, leurs images, leurs statuts, l’organisation des stations, les habitudes  de travail. Ces transformations sont maîtrisées par la concertation sociale et la formation. Elles sont menées de manière volontariste par la dynamisation et les techniques de motivation.

Les outils professionnels se miniaturisent et ressemble davantage aux produits audiovisuels  grands publics. La machine se simplifie et se généralise. Ici on limite l’usage de ces outils à quelques situations où leurs qualités spécifiques sont incontestables. On construit de nouveaux modèles de production. Et parfois l’événement nous donne une situation remarquable. Pensez que presque toutes les images du 11 septembre ont été filmées par les amateurs.

Où en sommes-nous avec la migration vers le numérique au Tchad

 Au Tchad, la migration vers le numérique s’est passée dans la précipitation. Elle  a été entourée de folklore et de fanfaronnade, ce qui fait que jusqu’à présent, on n’arrive pas à s’approprier l’outil. Confiée aux apprentis sorciers qui ne cernent pas bien l’option numérique et ses implications, la migration vers le numérique au Tchad a semé le désordre à la radio et à la télévision. On a négligé les équipements analogiques et détruit certains supports sans se soucier des archives et pourtant même dans les pays  développés comme la France, la Belgique, le Canada, la suisse, l’Allemagne les Etats unis  et autres, la migration vers le numérique s’est déroulée d’une manière méthodique, étape par étape et sans  rompre brusquement avec les équipements et supports analogiques.

 A la télévision nationale tchadienne, on a abandonné les magnétoscopes DVCPRO dans les couloirs. Les cassettes Umatiques, VHS, DV CAM et DVCPRO sont négligées et abandonnées à la poussière.  En tout état de cause, le passage de l’analogique au numérique a été très mal appréhendé par les décideurs du pays et leurs conseillers. On a organisé des salons  en grande pompe pour vanter et créer un mythe autour de la chose sans trop bien en cerner les contours. En effet, au moment du lancement de cette migration, les gens n’étaient conscients des changements que cela occasionnerait  sur le traitement éditorial, sur la construction des journaux, il y a également eu une modification des frontières avec une incidence sur le métier.

Le ministre de la communication en visite au siége /Ph. Haltebaye Archives / ATPE

Besoin d’adaptation

La grande mutation qui s’est opérée dans la migration vers le numérique, c’est l’utilisation du serveur et l’utilisation des caméras. L’utilisation du serveur numérique a changé beaucoup de choses. La différence la plus importante apportée par cet outil, c’est d’abord un plus grand confort technique  mais aussi un confort éditorial en amont sur la réception des images. L’utilisation de plus en répandue des caméras numériques pour le tournage, modifie le style, la forme et le rythme des programmes. Elle change même la relation entre le réalisateur et son sujet de même que l’approche des personnages. On peut dire que l’utilisation de cet outil numérique conduit à la production de nouveau types de documentaires, de fictions, de magazines etc,.

 L’utilisation du numérique se présente comme un outil très intéressant. Des nouvelles définitions d’éthiques vont devoir se faire et il va falloir  redéfinir un certain nombre de tâches. En matière de migration vers le numérique, le Tchad ne doit pas avoir honte de revoir sa copie parce que les contours de la chose n’ont pas été bien cernés, c’est le challenge qu’il faut absolument gagner avant de prendre possession du nouveau siège commun car il serait honteux de laisser les journalistes et techniciens de la radio et de la Télévision nationale se déployer dans cette tour en verre sans maîtriser les outils numériques et sans se les approprier.

Ladjal Callixte

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here