Lutte contre les crimes et assassinats : et si la cour martiale revenait ?

/Ph. Brahim Adji/ ATPE

Parmi les mesures qu’il a prises à son accession au pouvoir, le président de la République, Idriss Déby Itno avait décidé d’instaurer la cour martiale pour faire face à la criminalité qui régnait à l’époque. Cette décision a été diversement appréciée, après les premières exécutions à l’hippodrome de N’Djaména. La société civile et les associations de défense de droits de l’homme sont allées en croisade contre cette mesure en argumentant que dans un Etat qui se réclame pays de droit de l’homme, la cour martiale n’a pas sa raison d’être. Suite à cette pression de la société civile et des associations de droits de l’homme, le président a décidé de mettre fin à cette cour en 1993.

 La suppression de la cour martiale a été une grande victoire pour les associations de défense des droits de l’homme. En 1990, les Tchadiens  venaient d’être libérés d’une dictature qui avait fait couler beaucoup de sang et l’idée d’une cour martiale avait réveillé les mauvais souvenirs. Conscient de ce que ses compatriotes ont vécu, le président Idriss Déby Itno n’avait pas trop insisté et a supprimé la cour martiale sans mesure d’accompagnement. En supprimant cette cour, il fallait renforcer la justice en la rendant plus redoutable à l’égard des criminels. Force est de constater que la justice n’a pas été capable de jouer efficacement son rôle dans les affaires criminelles donnant ainsi l’occasion aux malfaiteurs et autres bandits de se livrer davantage à leur exercice préféré qui consiste à ôter la vie aux autres.

 Au nom des droits de l’homme, on a supprimé la cour martiale sans prendre les dispositions pour dissuader les criminels. Aujourd’hui, le Tchad est devenu un véritable conservatoire de barbarie où la vie humaine n’est pas respectée. On tue sans être inquiété dans ce pays où certains individus se moquent de l’autorité de l’Etat et défient quotidiennement la justice en se rendant justice eux-mêmes. Le Tchad est marqué tous les jours par des affrontements inter ethniques et inter communautaires sanglants qui menacent dangereusement la cohabitation pacifique et l’unité nationale. Au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest, les médias nationaux font état d’affrontements entre les communautés et les ethnies. L’unité  et la cohésion nationales sont dangereusement menacées par ces conflits et si rien n’est fait, nous allons assister à une situation incontrôlable dans la mesure où l’arrogance et le comportement belliqueux de certains Tchadiens et de certaines communautés deviennentt de plus en insupportables.

Restaurer une justice efficace

Face à une justice incapable de faire respecter la loi à cause des pressions qui fusent de toute part, le Tchad semble devenir une jungle où c’est la loi du plus fort qui triomphe. Que faut-il faire donc pour faire respecter la loi et la vie humaine dans ce pays où les criminels narguent leurs victimes. L’incapacité de la justice dans le règlement des conflits et des affaires criminelles amènent les Tchadiens à se faire justice eux-mêmes car tout le monde est convaincu qu’il ne sert à rien de réclamer justice quand on a subi un dommage. L’incapacité de la justice de faire respecter la loi dans le pays traduit-elle l’incapacité de l’Etat de faire régner l’ordre dans le pays ? N’y a-t-il pas une autre option que la loi martiale pour amener les Tchadiens à se comporter comme des êtres humains civilisés en respectant les lois et les textes en vigueur dans le pays ? Toutefois, le président menace de recourir à nouveau à la cour martiale pour tempérer l’ardeur criminelle des Tchadiens.

Un autre Tchad est possible

Un président qui s’est illustré dans la lutte contre les terroristes et les fauteurs de troubles en Afrique ne peut pas faillir et s’avouer vaincu devant les criminels qui mettent à mal la cohabitation pacifique et l’unité dans son pays. Les Tchadiens savent que le chef de l’Etat est capable de faire régner la paix dans ce pays dans la mesure où cela relève juste d’une volonté. S’ils ne sont  pas entretenus par certains responsables du pays qui ne trouvent leur compte que dans la haine et la division des Tchadiens. Les affrontements intercommunautaires qui se multiplient dans le pays ne sont pas irréversibles. Renouer avec la cour martiale peut ne pas plaire aux défenseurs des droits de l’homme mais que ces derniers comprennent que les Tchadiens ne savent plus à quel saint se vouer dans leur propre pays où leur vie n’est pas respectée par certains de leurs compatriotes. Il faut ouvrir un grand débat sur le retour de la cour martiale car pour beaucoup de Tchadiens cette cour est un mal nécessaire dans ce pays où pour certaines personnes, tuer un homme ne relève pas d’un crime mais d’un culte et d’un acte de bravoure.

Ladjal Callixte

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