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EDITORIAL

1993, 2018, 2020, 2022. Jamais il n’y eut autant d’espoir. Et jamais non plus il n’y eut autant de pessimisme. L’année 2022 est donc comme Janus, à deux faces. La face noire et brillante comme un passé malheureux du Tchad. La face brillante comme un avenir heureux avec plein d’espoir pour le Tchad. Dans ce Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS), l’on trouvera donc des raisons d’espérer, mais aussi de craindre le pire.

Le Général Mahamat Idriss Deby Itno a officiellement ouvert le Dialogue National Inclusif et Souverain le 20 août dernier. L’homme de la rue tout comme les citoyens avertis ont noté une chose : « Aucun sujet ne sera tabou ». Puis ont suivi les propos des uns et des autres. Ce mois entre ainsi dans l’histoire du Tchad.

En mettant à la Une « Aucun sujet ne sera tabou », nous osons croire au sursaut du Tchad après des décennies d’erreurs, et d’inaction sur certains thèmes sociaux. Et si le président de la Commission de l’Union Africaine a reconnu certaines failles dans la gestion du pays par le passé, c’est une déclaration à saluer et un pardon qui doit être accepté par tous les Tchadiens. Car, aucun sujet n’est tabou. Reste à savoir, si certains sujets ne seront-ils réellement pas tabou ?  Si oui, pourquoi le discours d’un responsable de l’UA irrite-t-il certains ? Comment peut-on débattre d’un vrai problème qui nuit le Tchad depuis des décennies sans se dire les quatre vérités en face?  Pourtant, ce sont ces genres de déclaration que les Tchadiens aimeraient entendre pour se pardonner. Car, le futur président au sortir du DNIS aura fort à faire sur le plan intérieur entre le respect de son prochain et la mise au point d’une véritable paix sur l’ensemble du pays.

C’est pourquoi, le Comité d’organisation du dialogue national inclusif (CODNI) a reporté successivement le DNIS, les 21, 22, et 23 août pour d’une part donner la chance à tout un chacun d’y participer à cette messe de réconciliation nationale et d’autre part, de permettre au CODNI de faire les derniers réglages sur le plan technique et organisationnel. Ceci est un effort à saluer.  A cet effet, l’on peut dire que la volonté d’y faire participer tous les Tchadiens aux débats nationaux existe. C’est une chance à saisir, car il y a un temps pour faire la guerre et un temps pour la paix. Venez discuter de l’avenir du Tchad et soulevons la natte sur nos urines afin que les odeurs  s’enfuient dans la nature et que le pays soit purifié, dixit un adage populaire.

L’on doit donner un cachet particulier à ce DNIS afin que cela ne soit plus un rendez-vous pour le partage du butin. En 1993, la Conférence nationale souveraine a abouti à des brulures des armes pour symboliser la volonté de mettre définitivement fin au recours aux armes comme moyen de conquête et de conservation du pouvoir avec l’adoption d’un Cahier des charges qui prévoyait, entre autres, l’élaboration et l’adoption d’une nouvelle constitution. Malheureusement, les signataires ont foulé au pied cet accord social. A-t-on l’habitude de dire aussi qu’un homme averti en vaut deux. Attention au passé !

 

 

À propos de Henry Badoum

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