Société

À N’Djaména, le petit commerce de légumes fait vivre les quartiers

Dans les quartiers populaires de N’Djaména, le petit commerce de légumes continue de rythmer le quotidien des ménages. À l’ombre des parasols ou sous les arbres, des femmes installent chaque jour leurs étals, faits de paniers et de tables en bois. Tomates, oignons, piments, laitue ou gombo changent de mains au fil des heures, dans une économie de proximité qui nourrit les familles et fait vivre des foyers entiers.

Sous un parasol qui la protège du soleil, Ndjenome Sandrine, 50 ans, dispose soigneusement ses paniers de légumes devant sa maison, dans le quartier Habbéna. Voilà plus de dix ans qu’elle exerce ce métier. Chaque matin, elle se rend au marché Dombolo, parfois jusqu’au marché central, pour s’approvisionner avant de regagner son quartier.

« Ce n’est pas un travail facile, mais il me permet de nourrir mes enfants », confie-t-elle. Les journées sont longues, les marges parfois faibles, mais la vendeuse s’accroche. « Quand les prix montent au marché, on souffre aussi. Mais on essaie de s’adapter pour ne pas perdre les clientes », explique-t-elle, le regard attentif à chaque passage.

Pour de nombreuses ménagères, ces points de vente de quartier sont devenus indispensables. Fatimé Nargaye, mère de famille, y trouve un avantage évident. « On n’a plus besoin d’aller loin. Ici, on trouve presque tout, et souvent à des prix abordables », se réjouit-elle. Elle apprécie aussi la relation de confiance qui s’installe avec le temps. « Quand on n’a pas assez d’argent, certaines vendeuses acceptent qu’on paie plus tard. C’est une grande aide », ajoute-t-elle.

Binon Rosine, une autre cliente fidèle, insiste sur la dimension humaine de ce commerce. « Ces femmes sont courageuses. Elles se lèvent tôt, travaillent sous le soleil et restent toujours accueillantes. Leur présence donne de la vie au quartier », estime-t-elle.

Un commerce de survie, mais aussi de solidarité

À quelques rues de là, dans le quartier Atrone, Kamtar Solange exerce le même métier depuis sept ans. Ancienne aide-ménagère, elle s’est tournée vers la vente de légumes en raison de son âge. « Au début, je vendais seulement un petit panier de légumes devant la maison. Avec le temps, j’ai pu agrandir un peu mon étal », raconte-t-elle.

Chaque jour, elle mise sur la fraîcheur de ses produits pour fidéliser la clientèle. « Les gens préfèrent acheter ici parce qu’ils peuvent choisir eux-mêmes », explique-t-elle.

Comme Ndjenome Kamtar fait face à plusieurs difficultés : la variation des prix chez les grossistes, les pertes liées aux produits qui se gâtent rapidement et l’absence d’infrastructures adaptées. « Quand il pleut, c’est compliqué. Quand il fait trop chaud, certains légumes perdent en qualité », dit-elle. Malgré tout, elle continue, convaincue que ce commerce reste l’une des rares alternatives pour subvenir aux besoins de sa famille.

Au-delà de l’aspect économique, ces petits étals jouent un rôle social important. Les échanges entre vendeuses et clientes dépassent souvent la simple transaction commerciale. « On s’informe, on se soutient, on partage les nouvelles du quartier. Parfois, on discute plus qu’on ne vend », explique Ndjenome, tout en souriant.

Dans un contexte marqué par la cherté de la vie, ce petit commerce informel contribue à maintenir un équilibre fragile dans les périmètres urbains. Il permet aux ménages d’accéder plus facilement aux produits de première nécessité tout en offrant aux vendeuses une source de revenus, aussi modeste, soit-elle.

Dans les quartiers de N’Djaména, comme ailleurs au Tchad, ces marchés de proximité représentent de véritables espaces de socialisation où se mêlent économie et entraide.

Sikngaye Tamaltan Inès

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