Santé Tchad

Automédication [Dossier 2] : Le soulagement de la mère met le nourrisson en danger

Un simple mal de tête, une fatigue persistante ou une douleur chronique que l’on souhaite apaiser rapidement, pour de nombreuses femmes allaitantes, le réflexe est le même. Se rendre à la boutique ou à la pharmacie et acheter un médicament sans consultation. Un geste banal en apparence, mais qui peut avoir des conséquences lourdes pour le nourrisson.

Dans de nombreux foyers, ce type de situation reste encore méconnu. Face à la douleur, à la fatigue ou à la maladie, certaines femmes allaitantes ont recours à l’automédication, souvent par habitude ou faute d’informations suffisantes.

Salwa Issac, mère allaitante, en a fait l’expérience. Souffrant de violents maux de tête, elle a pris un antidouleur sans avis médical, convaincue qu’il s’agissait d’un produit sans risque. « Je pensais que c’était quelque chose de simple », confie-t-elle. Pourtant, quelques heures après l’avoir allaitée, sa fille a eu du mal à dormir et a présenté des signes inhabituels d’agitation. Le médecin lui expliquera ensuite que le médicament avait traversé le lait maternel. Cette frayeur a profondément marqué la jeune mère qui reconnaît aujourd’hui qu’elle a sous-estimé le danger.

Fatima Zahra Youssouf, également mère allaitante, en a pris conscience. Elle souffre de douleurs chroniques et doit parfois suivre un traitement. Mais avec le temps, elle a appris à ne jamais prendre de médicaments sans consulter. « Beaucoup de femmes pensent qu’un médicament courant ne peut pas poser de problème. Pourtant, quand on allaite, tout ce que l’on prend peut aussi concerner le bébé », explique-t-elle.

Même prise de conscience chez Oum Al-Khair Mokhtar. Après une expérience qui l’a inquiétée, elle a changé ses habitudes. Désormais, la prudence est devenue une règle. « Je demande toujours l’avis d’un médecin avant de prendre quoi que ce soit, même des produits à base de plantes », affirme-t-elle. Pour elle, ces précautions permettent de protéger l’enfant tout en rassurant la mère.

Mais certaines situations rappellent brutalement les risques. Remadji Sylvie, mère d’un nourrisson de trois mois, pensait-elle aussi agir sans danger. Une forte toux, de la fièvre et l’épuisement la poussent à chercher un soulagement rapide. Sur les conseils d’une connaissance, elle achète un sirop. « On m’a dit que c’était naturel, donc sans risque », se souvient-elle. Le lendemain, le comportement de son bébé change. L’enfant paraît anormalement somnolent et tète moins que d’habitude. L’inquiétude s’installe rapidement. La jeune mère se rend alors en urgence dans un service pédiatrique.

Des risques encore sous-estimés

Pour Dr Emmanuel Namodji, pédiatre, ces situations méritent une attention particulière. Selon lui, l’automédication chez les femmes allaitantes reste fréquente, alors même que certaines substances peuvent être transmises au nourrisson par le lait maternel. « Tout dépend du médicament, de la dose et de la durée du traitement », explique-t-il. « Mais certains produits peuvent provoquer des troubles digestifs, des effets neurologiques ou d’autres complications chez le bébé ».

Parmi les substances à surveiller figurent certains anti-inflammatoires comme l’aspirine, des antalgiques contenant de la codéine, certains antidépresseurs, des médicaments utilisés en chimiothérapie ou encore certains contraceptifs hormonaux. Chez le nourrisson dont l’organisme est encore fragile, les effets peuvent être plus marqués. Pour Dr Emmanuel Namodji, consulter avant de prendre un médicament est une précaution essentielle. Un geste simple qui peut éviter des situations inquiétantes.

Derrière chaque comprimé pris sans avis médical, il y a un nourrisson exposé. Informer, sensibiliser et faciliter l’accès aux conseils médicaux apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour protéger les nourrissons.

Sikngaye Tamaltan Inès

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