Société

Autopsie : Un examen crucial encore mal compris au Tchad

L’autopsie est un examen médical pratiqué sur une personne décédée afin de déterminer les causes exactes du décès, notamment lorsqu’il est suspect, violent ou soudain, sans antécédents médicaux évidents. Elle est généralement ordonnée par le procureur de la République et rarement sollicitée par les familles des victimes. Les témoignages recueillis montrent que cette situation s’explique par des facteurs socioculturels, un manque de moyens, ainsi qu’une méconnaissance de l’importance de l’autopsie au sein d’une grande partie de la population tchadienne.

L’autopsie permet notamment d’établir si une tierce personne est impliquée dans un décès. Lorsqu’elle est ordonnée dans le cadre d’une enquête judiciaire, son exécution est obligatoire, même en cas d’opposition de la famille du défunt. Elle est réalisée par un médecin légiste au sein d’un institut médico-légal. L’autopsie peut également avoir une finalité médico-scientifique : elle sert alors à confirmer un diagnostic, identifier une pathologie rare ou contribuer à l’avancement de la recherche médicale.

Pour Osée B., administrateur financier, l’autopsie est un examen qui nécessite des moyens importants ainsi que des professionnels qualifiés. Selon lui, le nombre de médecins légistes demeure insuffisant au Tchad. « Réaliser une autopsie demande beaucoup de temps et peut susciter des controverses. Cet examen remet souvent en question les premières conclusions relatives au décès. C’est pourquoi, certaines familles préfèrent garder le silence », explique-t-il. Il ajoute que dans les cas d’assassinats ou de morts suspectes, certaines familles saisissent le procureur de la République, qui sollicite ensuite l’intervention d’un médecin légiste. « Il s’agit d’une contre-expertise de tout ce qui a été déclaré, mais fondée sur des preuves scientifiques », précise-t-il.

Selon Dr Allah-Syengar Ndormadjita, médecin urologue et légiste au Centre Hospitalier Universitaire La Renaissance, l’autopsie est un examen médical pratiqué sur un corps sans vie afin de déterminer les causes du décès et d’identifier d’éventuelles maladies ou lésions. Le spécialiste explique que l’autopsie se divise en deux grandes catégories : l’autopsie médico-légale et l’autopsie médico-scientifique. L’autopsie médico-légale, également appelée autopsie judiciaire, vise à rechercher les causes d’un décès dans un contexte pénal, notamment en cas d’homicide, de suicide, d’accident ou de mort suspecte. Elle peut également servir à identifier un corps. Le deuxième type est l’autopsie médico-scientifique (ou clinique / médicale) qui a pour objectif de réaliser des motifs médicaux, elle sert à confirmer un diagnostic, identifier une pathologie rare ou faire avancer la recherche scientifique. Celle-ci, est demandée par le médecin traitant ou la famille. Et, est généralement soumise au respect des volontés du défunt ou aux lois de bioéthique locales. Elle est pratiquée dans un service d’anatomopathologie hospitalier.

 Le médecin légiste distingue plusieurs types d’autopsie. L’autopsie complète comprend un examen externe et interne nécessitant l’ouverture du corps du menton au pubis ainsi que le prélèvement des organes pour analyses. L’autopsie partielle se limite à certaines régions anatomiques ou à des organes spécifiques, tels que le thorax ou le cerveau, selon les besoins du diagnostic ou les autorisations accordées. Il évoque également l’autopsie blanche, réalisée lorsque les causes du décès demeurent inconnues malgré les investigations médico-légales habituelles. Enfin, l’autopsie virtuelle constitue une technique moderne et non invasive utilisant l’imagerie médicale, notamment le scanner et Imagerie de Résonnance Magnétique (IRM), pour examiner le corps sans intervention chirurgicale.

Concernant les corps en état de décomposition avancée, Dr Allah-Syengar Ndormadjita souligne qu’il reste possible de réaliser une autopsie, même si certains indices anatomiques et tissus ont disparu. Des techniques spécialisées permettent toutefois de contourner ces difficultés. « Certains organes résistent davantage à la décomposition. Il est possible d’effectuer des prélèvements sur les cheveux, les os ou encore sur certains liquides biologiques comme l’humeur aqueuse », explique-t-il.

Pour Dr Allah-Syengar Ndormadjita, une idée reçue persiste au sein de la population : celle qui consiste à considérer le médecin légiste comme le « médecin des morts ». Pourtant, cette spécialité intervient également auprès des personnes vivantes. « Nous nous occupons aussi des vivants », explique-t-il. Le médecin légiste intervient notamment dans les affaires d’agressions sexuelles, de viols ou encore dans certains cas de mort-né, où des examens peuvent être réalisés sur le placenta afin de déterminer les causes du décès et de prévenir d’éventuelles complications futures.

Face à la méconnaissance de cette discipline, le spécialiste appelle les autorités, les professionnels de santé et les acteurs de la société civile à mener des campagnes de sensibilisation dans toutes les provinces du pays. Il regrette également le faible nombre de médecins légistes au Tchad, une situation qui limite la couverture du territoire national. Il encourage les jeunes médecins à s’orienter vers cette spécialité encore peu développée mais essentielle au bon fonctionnement de la justice et du système de santé.

Newingar Minguéngué Jacqueline

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