Autrefois carrefour vivant et cosmopolite, la ville de Bol, dans la province du Lac, portait les couleurs de la diversité et du brassage des communautés venues de tous les horizons. Aujourd’hui, ce visage s’effrite peu à peu.
A Bol, sous l’effet de l’insécurité persistante liée aux exactions des groupes armés, une partie de la population a choisi de partir, abandonnant tous les souvenirs. Mais au-dessus de tout, d’autres ont fait un choix de cœur de résister et rester.
Dans les ruelles encore animées de certains quartiers, la vie continue, défiant la peur. Commerçants, pêcheurs, fonctionnaires ou mères de famille maintiennent leurs activités, parfois au prix d’énormes sacrifices. « Partir, c’est tout recommencer. Ici, au moins, je connais le milieu », confie un Aïcha Mbodou, une habitante rencontrée au marché central.
Pour ces populations restées sur place, les motivations sont multiples. Il y a d’abord l’attachement à la terre et aux racines. Ensuite, une histoire familiale profondément ancrée dans la ville. Enfin, Bol n’est pas qu’un lieu de résidence, c’est un repère identitaire. « Nos parents sont enterrés ici. C’est difficile de tout laisser derrière soi », explique Mbami Adoum Mahamat, chef de ménage croisé devant sa maison, non loin du marché.
Il y a aussi des raisons économiques. Beaucoup vivent d’activités locales comme la pêche ou le petit commerce, difficilement transférables ailleurs. Quitter Bol signifierait perdre leur unique source de revenus sans garantie d’une vie meilleure ailleurs. À cela s’ajoute un sentiment de résilience voire de résistance face à l’adversité. « Si tout le monde part, qui va faire vivre cette ville ? », lance Mahamat Nour, vendeur de viande grillée.
Parmi ces figures de la résistance quotidienne, celui de Neloulgain Catherine, originaire de la province du Moyen Chari, installée à Bol depuis plus de 30 ans. Elle y a construit sa vie, élevé ses enfants et développé son activité de restauration. Malgré l’insécurité qui plane, elle refuse de partir. « J’ai vu cette ville évoluer. J’ai tout construit ici. Partir aujourd’hui, ce serait comme abandonner toute ma vie », confie-t-elle avec émotion. Pour elle, la peur est réelle, mais elle ne doit pas dicter ses choix. « On a peur. Mais où aller ? Et recommencer comment ? Ici, même avec les difficultés, je me sens chez moi».
Le témoignage de cette femme illustre une réalité souvent passée sous silence et témoigne que derrière les statistiques de déplacés, il y a aussi une majorité silencieuse qui s’accroche, s’adapte et refuse de céder totalement à la menace.
Ces habitants espèrent également à un retour progressif de la stabilité. Certains évoquent les efforts du gouvernement et des partenaires telles que l’UNICEF, l’UNFPA et les autres pour améliorer la sécurité et les conditions de vie. Même si ces avancées restent fragiles, elles nourrissent un espoir. Rester à Bol est devenu un acte de courage, mais aussi un choix de survie.
Man-Ya Allah Gisèle












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