Santé Tchad

CECOQDA : Le rempart invisible qui protège les consommateurs tchadiens

Seul laboratoire national habilité à procéder à plusieurs analyses des produits alimentaires, le Centre de contrôle de qualité des denrées alimentaires (CECOQDA), joue un rôle stratégique dans la sécurité sanitaire au Tchad. Entre inspections, formations, partenariats internationaux et défis logistiques persistants, l’institution se positionne comme un acteur central de la protection des consommateurs.

Créé par la loi n°021/PR/2010 du 28 octobre 2010, le Centre de Contrôle de qualité des denrées alimentaires (CECOQDA) a pour mission de garantir la salubrité des produits consommables au Tchad. Il réalise des analyses microbiologiques, physico-chimiques, biochimiques et toxicologiques sur les denrées alimentaires, les eaux, les boissons et les médicaments afin d’évaluer les risques sanitaires, contribuer à l’élaboration des normes nationales et contrôler la conformité des produits distribués sur le marché.

Au cœur de son action, le CECOQDA forme également les acteurs de la chaîne alimentaire notamment les restaurateurs, les boulangers et les commerçants aux bonnes pratiques d’hygiène et de stockage. Il participe en outre à la traçabilité des produits et au contrôle aux frontières, notamment à l’aéroport de N’Djaména et à N’Gueli.

La tarification des analyses des produits destinés à l’exportation varie selon leur nature. Les huiles raffinées et brutes, le sucre, le miel ainsi que la gomme arabique sont soumis à des frais de 90 000 F CFA, l’analyse des eaux coûte 80 000 F CFA, tandis que celles du lait et produits laitiers, de la viande et produits dérivés, des céréales, jus de fruits, boissons gazeuses, légumes, légumineuses et aliments pour animaux sont fixés à 150 000 FCFA chacune. Ces tarifs encadrent les procédures de contrôle qualité avant toute déclaration d’exportation.

Le CECOQDA a enregistré des avancées notables ces dernières années. Il dispose désormais de plusieurs directions techniques et de laboratoires spécialisés. Son laboratoire de microbiologie a obtenu en 2020 une accréditation internationale délivrée par le Conseil tunisien des accréditations, conformément à la norme ISO/IEC 17025, renforçant ainsi sa reconnaissance scientifique.

En juin 2025, le CECOQDA a lancé une vaste campagne d’inspection et de prélèvement des denrées alimentaires dans les dix arrondissements de la capitale et déployé ses agents aux principaux postes frontaliers. Cherchant à diversifier ses partenariats, le Centre a signé le 4 novembre 2025 un accord de coopération avec la Hongrie et l’Université de Budapest, visant à renforcer les compétences techniques et les capacités de contrôle.

Bien qu’il soit le seul laboratoire national en mesure de réaliser certaines analyses sensibles, le CECOQDA reste « largement sous-exploité ». Manque de maintenance, contraintes logistiques et ressources humaines limitées. Autant de facteurs qui freinent son plein potentiel. Le rapport d’inspection publié en août 2025 révèle également que plusieurs établissements de N’Djaména ne respectent pas les normes d’hygiène, un constat préoccupant qui appelle des actions correctives rapides. Avec l’augmentation des importations et la diversification de l’approvisionnement alimentaire dans le pays, le rôle du CECOQDA devient crucial. Pour le ministre de tutelle, « la sécurité sanitaire des aliments n’est pas un luxe, mais un droit fondamental ».

En effet, l’institution assure à la fois la protection des consommateurs, la santé publique et contribue à la compétitivité des produits tchadiens, notamment à l’exportation. Lors de son 10ème anniversaire, il a d’ailleurs été rappelé que le CECOQDA est devenu « un acteur incontournable dans la régulation de la qualité des denrées alimentaires ».

Pour améliorer son efficacité, plusieurs orientations se dessinent. Il s’agit de renforcer les équipements, la maintenance et la logistique des laboratoires, de poursuivre les partenariats internationaux pour moderniser les méthodes d’analyse et les systèmes de traçabilité, de multiplier les formations à destination des acteurs de la chaîne alimentaire, y compris en zones rurales, d’améliorer les conditions de travail du personnel et d’étendre les missions d’inspection aux provinces afin d’assurer une couverture nationale.

El hadj Ali Hassan Lalouche

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