Société

Changement climatique : Les revenus des maraîchers mis à rude épreuve

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine. Il s’impose désormais comme la réalité quotidienne pour les acteurs du secteur agricole, en particulier les marchers dont les revenus dépendent étroitement des saisons, des températures et de la disponibilité de l’eau. La hausse inhabituelle des températures, l’irrégularité des pluies et la fréquence accrue des phénomènes extrêmes bouleversent les cycles de production et fragilisent les moyens de subsistance des milliers de producteurs au bord des fleuves Chari et Logone.

Traditionnellement, les activités maraîchères reposaient sur un calendrier relativement stable, c’est-à-dire une saison fraiche favorable à certaines cultures telles que la tomate, la laitue, l’oignon, le chou, etc. Une saison chaude nécessitant une gestion rigoureuse de l’eau. Aujourd’hui, ce schéma est profondément perturbé. Les services météorologiques observent une hausse progressive des températures moyennes, y compris pendant des périodes autrefois considérées comme fraiche au Tchad. Cette instabilité climatique expose les cultures à des stress hydriques et thermiques qui affectent directement leur rendement.

Pour les maraîchers, ces changements se traduisent par des pertes de récoltes, des retards de productions ou encore une diminution de la qualité des légumes. Les plants asséchés par la chaleur, les maladies favorisées par l’humidité ou des attaques accrues de ravageurs entrainent des rendements plus faibles. Cette baisse de production a un impact immédiat sur les revenus. Le maraîcher Bamaré Patrice informe que « par le passé, si tu dépensais un minimum de 70.000 F CFA, il est fort probable de gagner approximativement 200. 000 FCFA à 300.000 F CFA».

Comme lui, d’autres maraîchers se trouvent dans la même situation. « 10 planchers de laitue me permettaient de gagner plus de 50.000 FCFA de bénéfice. Et pour la tomate, je me retrouvais avec presque 60.000 F CFA. Mais, cette chaleur dûe au changement de temps a tout bouleversé. Je ne suis pas sûr que le rendement soit encore comme par le passé », soutient Djerassem Omer l’un des maraichers. L’irrigation devient plus fréquente et plus coûteuse en période de chaleur prolongée. Les traitements phytosanitaires se multiplient pour lutter contre les maladies et insectes devenus plus résistants. A cela s’ajoute le recours à des semences plus adaptées souvent plus chères », s’est-il plaint.

Une chaleur accrue

Les prévisions météorologiques indiquent que cette tendance est due à la concentration excessive des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. « Normalement si l’atmosphère est transparente, sans obstacle, ces rayonnements devraient repartir vers le ciel, or, l’inverse a produit un effet contraire d’où cette chaleur », explique Bianpambé Patallet, directeur général de l’Agence nationale de la météorologie. Les experts s’accordent sur une fréquence de vagues de chaleur, de sècheresse plus longues mais aussi des pluies intenses et soudaines, susceptibles de provoquer des inondations dans des zones de culture maraichère. Selon le directeur général de l’Agence nationale de la météorologie, « le dérèglement climatique on le vit. Mais à l’instant, nous pouvons dire que cette chaleur va aller crescendo puisque nous rentrons dans la période de chaleur. Or, normalement, en ce moment, on devrait être dans une période froide, mais on ressent déjà une hausse de chaleur ».

Résilience face aux impacts

A court et moyen terme, les producteurs doivent s’attendre à une variabilité climatique accrue, rendant les activités maraîchères plus risquées et moins prévisibles, si aucune mesure d’adaptation n’est mise en œuvre. Malgré ces défis, des pistes d’adaptation existent. L’amélioration des systèmes d’irrigation, l’utilisation des variétés résistantes à la chaleur, la diversification des cultures et un meilleur accès à l’information météorologique peuvent contribuer à réduire les pertes. Toutefois, ces solutions nécessitent des investissements et un accompagnement technique. L’appui des pouvoirs publics, des partenaires techniques et des organisations de développement parait crucial pour renforcer la résilience des maraîchers face au changement climatique.

Au-delà des producteurs, l’impact de ce dérèglement climatique pose également un problème de sécurité alimentaire et de stabilité des prix des denrées alimentaires issues du maraîchage. La fragilisation des revenus maraîchers menace non seulement les ménages agricoles, mais aussi l’approvisionnement régulier des villes en légumes frais.

Man-Ya Allah Gisèle

 

 

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