À N’Djaména, la reprise des chantiers après la saison des pluies marque traditionnellement la période la plus intense de construction. Mais cette année, sur plusieurs marchés de la capitale, la flambée et la variation des prix des matériaux, notamment du ciment, viennent contrarier les projets des particuliers. Entre tarifs officiels annoncés et réalités du terrain, vendeurs et clients se renvoient la responsabilité d’un marché devenu difficile à maîtriser.
Dans son magasin du quartier Habbéna, Oumar Mahamat, commerçant des matériaux de construction, assume cette variation. « J’achète le ciment du Tchad chez les grossistes de 40 bords entre 8 100 et 8 700 francs CFA le sac de 50 kg, et je le revends à partir de 8 750 francs. Le ciment Dangoté, je l’achète à Nguéli à 9 000 francs C FA et je le revends à 9 500 francs CFA», explique-t-il. Selon lui, ces prix ne sont pas arbitraires. « Il y a le transport, les taxes, la sécurité du magasin. En saison des pluies, avec l’état des routes, tout augmente. Il n’y a pas de prix fixe», explique-t-il.
Un argument que confirment, en partie, les convoyeurs. Rencontré dans un magasin à Abena, Youssouf Ali Abderaman, sillonne régulièrement l’axe Bertoua – N’Djaména pour acheminer des matériaux de construction. « Rien que pour les taxes sur la route, on peut dépenser jusqu’à deux millions de francs CFA avant d’arriver à N’Djamena », confie-t-il. Une somme qui, selon lui, pèse lourdement sur le coût final des marchandises. Du côté des grossistes de N’Djari, le discours est similaire. Moussa Issa, l’un d’eux, précise ses tarifs : « Je vends le sac de ciment Dangoté à 7 750 francs et celui de CIMAF à 7 250 francs. Le Dangoté vient du Nigeria. Les tracasseries routières font qu’on est parfois obligé de le vendre plus cher. Le prix dépend toujours du coût de la commande ». Une logique commerciale où la marge reste une priorité.
Appliquer les mesures gouvernementales
Mais pour les clients, ces explications ne convainquent pas. Devant une quincaillerie de N’Djari 40 bords, Mbaïnaïssem Osias, venu acheter quelques sacs pour un petit chantier, exprime son désarroi. « Aujourd’hui, tu achètes le sac à 8 000 francs CFA, demain on te dit 8 700 ou 9 000 francs CFA, sans explication. Comment peut-on construire dans ces conditions ? On parle d’exonération, mais, on ne voit rien sur les prix. » Selon lui, cette situation freine de nombreux projets. « Beaucoup de gens arrêtent leurs travaux faute de prix élevé », se désole-t-il.
Entre charges logistiques, taxes routières, marges commerciales et absence de contrôle visible, le marché du ciment à N’Djaména semble évoluer loin des prix officiels. Cette flambée incontrôlée pose la question de l’effectivité des mesures gouvernementales et du rôle des services de contrôle sur le terrain. En attendant une réponse claire des autorités, ce sont les ménages et les petits entrepreneurs qui paient le prix fort. À N’Djaména, bâtir devient un luxe, et chaque sac de ciment acheté rappelle que, sur les marchés, le prix officiel ne fait pas toujours la loi.
Sikngaye Tamaltan Inès












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