Encore méconnue par une partie de la population, la colopathie fonctionnelle, également appelée syndrome de l’intestin irritable, perturbe pourtant le quotidien de nombreuses personnes. Douleurs abdominales, troubles du transit et inconfort digestif rythment la vie des patients qui en souffrent. Entre adaptation alimentaire difficile et diagnostic parfois tardif, malades et spécialistes décrivent une affection bénigne, mais souvent difficile à contrôler.
Pendant plusieurs années, Neldjibaye Alexis, la quarantaine, a vécu avec des douleurs abdominales sans véritable explication médicale. Il décrit une gêne qui survient fréquemment après la consommation de certains aliments. « J’ai souvent mal du côté droit, surtout lorsque je mange des aliments un peu acides comme l’oseille, les arachides ou les haricots », raconte-t-il. À ces douleurs s’ajoute un important inconfort digestif, particulièrement au moment d’aller à la selle. « Mon mal est presque permanent, surtout lorsque l’envie d’aller aux toilettes se manifeste », confie-t-il.
Avec le temps, la maladie a fini par modifier son mode de vie. Certains aliments sont devenus difficiles à consommer, même s’il ne parvenait pas toujours à suivre un régime strict en raison de ses conditions sociales. Ce n’est qu’après une consultation médicale qu’il a finalement reçu un diagnostic de colopathie fonctionnelle. « Au début, j’avais du mal à accepter ce nouveau régime alimentaire. Mais comme ma santé en dépendait, j’ai suivi les recommandations du médecin. Aujourd’hui, je vais beaucoup mieux », explique-t-il.
Milamem Johana, citoyenne lambda, présente des symptômes similaires. Elle évoque toutefois une dimension familiale de la maladie. « D’autres membres de ma famille en souffrent. J’ai donc appris très tôt à adapter mon alimentation afin de limiter les crises », affirme-t-elle.
Un trouble fréquent encore mal connu
Selon Dr Djédanoum Sabé, hépato-gastro-entérologue au CHU La Renaissance et enseignant à la Faculté des sciences de la santé humaine et de pharmacie de l’Université de N’Djaména, la colopathie fonctionnelle est une pathologie fréquente mais encore mal connue du grand public. D’après lui, près de 20 % de la population pourrait être concernée, avec une prédominance chez les jeunes adultes. « Il s’agit d’un trouble digestif chronique caractérisé par des douleurs ou gênes abdominales associées à des modifications du transit, notamment la diarrhée ou la constipation, en l’absence d’une maladie organique détectable », explique le spécialiste.
Le médecin précise que cette affection ne touche pas directement la structure de l’intestin, mais plutôt son fonctionnement. Les causes exactes demeurent encore mal connues, même si plusieurs mécanismes sont avancés : perturbation de la communication entre le cerveau et l’intestin, contractions intestinales anormales, déséquilibre du microbiote intestinal ou hypersensibilité digestive.
Dr Djédanoum Sabé souligne également que certains facteurs peuvent déclencher ou aggraver les symptômes. « Le stress, l’anxiété, la dépression, mais aussi certains aliments comme les boissons gazeuses, les aliments gras, le lait ou encore le pain peuvent favoriser les crises », précise-t-il. Le spécialiste insiste par ailleurs sur la nécessité de distinguer la colopathie fonctionnelle de l’appendicite, deux affections souvent confondues par les patients. « La colopathie fonctionnelle est un trouble chronique sans lésion visible, tandis que l’appendicite constitue une urgence chirurgicale », explique-t-il. Selon lui, les examens médicaux réalisés chez les personnes souffrant de colopathie fonctionnelle sont généralement normaux, contrairement à l’appendicite où l’on retrouve des signes inflammatoires ainsi qu’un appendice tuméfié.
Sur le plan clinique, la colopathie fonctionnelle se manifeste principalement par des douleurs abdominales, des ballonnements et des troubles du transit souvent soulagés après la défécation. L’appendicite, quant à elle, débute généralement par une douleur autour du nombril qui migre ensuite vers la fosse iliaque droite, accompagnée de fièvre et parfois de vomissements.
Une prise en charge basée sur l’hygiène de vie
Bien qu’elle soit considérée comme bénigne, la colopathie fonctionnelle peut devenir particulièrement handicapante au quotidien. Sa prise en charge repose sur plusieurs axes : adaptation alimentaire, traitement symptomatique et parfois accompagnement psychologique.
Le médecin recommande aux patients d’identifier les aliments déclencheurs et de tenir un journal alimentaire afin de mieux comprendre les réactions de leur organisme. Il conseille également de limiter les boissons gazeuses, les aliments gras, le tabac, l’alcool et le café, tout en privilégiant les fibres solubles. En cas de symptômes importants, différents traitements peuvent être prescrits selon les besoins : antispasmodiques, antidiarrhéiques, laxatifs ou encore antidépresseurs à faible dose.
Dr Djédanoum Sabé rappelle enfin qu’une bonne hygiène de vie reste essentielle pour limiter les crises. Un sommeil de qualité, une activité physique régulière ainsi qu’une meilleure gestion du stress contribuent à améliorer le confort des patients. En cas de persistance des symptômes, le spécialiste recommande de consulter rapidement un professionnel de santé afin d’éviter toute complication ou confusion avec d’autres pathologies digestives.
Newingar Minguéngué Jacqueline












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