Santé Tchad

Crachat en public : Un danger sous-estimé

À N’Djaména, cracher dans l’espace public est devenu un geste presque banal. Dans les rues, les marchés, les transports en commun ou en pleine circulation, cette pratique incivique se multiplie, souvent sans réaction ni remise en question. Pourtant, derrière ce comportement apparemment anodin se cachent de réels risques sanitaires, tant pour ceux qui crachent que pour les passants exposés. Témoignages de citoyens et éclairage de médecins révèlent une menace quotidienne largement minimisée.

Il suffit d’observer quelques minutes un carrefour très fréquenté pour s’en rendre compte. Motocyclistes, passagers de minibus, conducteurs des véhicules particuliers, piétons pressés et autres crachent sans ralentir, sans regarder autour d’eux, sans se soucier de ceux qui suivent. Parfois, la salive finit sur le sol. D’autres fois, elle atteint un vêtement, un sac, voire le visage d’un passant. Une scène choquante, mais loin d’être exceptionnelle.

Khadidja Mahamat, témoigne de l’humiliation ressentie après avoir été victime de ce geste en pleine circulation. « Quelqu’un a craché sans se retourner. Heureusement, c’est tombé sur mon habit et non sur mon visage. Mais c’était extrêmement désagréable », raconte-t-elle. Pour la jeune femme, ce geste relève avant tout d’un manque de civisme. « On agit comme si les autres n’existent pas », regrette-t-elle. Ce sentiment d’impuissance est partagé par Dénémadji Charlotte, qui souligne que cet acte est désormais intégré dans le quotidien des Tchadiens, au point où les auteurs ne s’excusent même plus. « J’ai déjà été touchée par la salive d’un motocycliste qui a craché en roulant, sans même s’arrêter, ni s’excuser », se plaint-elle.

Poursuivant dans cette lancée, Madjirassem Esaïe se souvient, quant à lui, d’un épisode marquant survenu il y a plusieurs années dans un bar. « Un homme visiblement ivre s’était installé près de nous et a commencé à cracher dans tous les sens. Nous avons été obligés de quitter la table, laissant la nourriture et les boissons », raconte-t-il. Depuis ce jour, il dit ressentir un profond dégoût dès que quelqu’un crache à proximité d’un plat. Au-delà du dégoût, c’est le sentiment d’un espace partagé bafoué qui domine.

Djimadoum Alfred, lui, observe ce phénomène au quotidien. « On voit des gens cracher dans des lieux très fréquentés comme les marchés, les arrêts de minibus ou les rues. Cela crée un malaise, donne une mauvaise image de la ville et nuit à la propreté des espaces publics », déplore-t-il. Selon lui, ce comportement s’explique par un manque de sensibilisation à l’hygiène, des habitudes ancrées et le stress de la vie urbaine. « Les gens agissent sans réfléchir aux conséquences », ajoute-t-il.

Un risque sanitaire largement sous-estimé

Si le malaise social est flagrant, le danger médical est plus insidieux. Dr Mbang Else, médecin au centre hospitalo-universitaire la Référence nationale (CHU-RN), alerte sur le fait que la salive est loin d’être inoffensive. Elle contient de nombreux germes pathogènes. « Dans un crachat, on retrouve des bactéries et des virus responsables de maladies comme la tuberculose, la grippe, le Covid-19 ou encore certaines infections digestives et pulmonaires », explique-t-elle. D’après Dr Mbang Else, ces germes peuvent survivre plusieurs jours sur le sol ou les surfaces, être transportés par les chaussures, les mains ou la poussière, et contaminer d’autres personnes indirectement. Dans un contexte urbain dense comme N’Djaména, avertit la praticienne de la santé que le risque est accru. « Une personne marche sur le crachat touche son visage ou sa bouche, cela peut créer ainsi une chaîne de transmission dont les enfants sont les premières victimes ».

Face à cette pratique devenue courante, le Dr Mbang Else recommande des gestes simples mais essentiels. Cracher dans un mouchoir et le jeter dans une poubelle fermée, se laver régulièrement les mains au savon et éviter absolument de cracher au sol, surtout en période d’épidémie, figurent parmi les mesures de base pour protéger la santé collective.

Au-delà des conseils médicaux, la question posée est celle du vivre-ensemble. Cracher dans l’espace public n’est pas seulement un problème d’hygiène, c’est un manque de considération pour l’autre. À N’Djaména, où les défis sanitaires sont déjà nombreux, ce geste banal devient un danger collectif. Changer les comportements passe par la sensibilisation, l’éducation et l’exemplarité. Car respecter l’espace public, c’est aussi protéger la santé de tous.

Sikngaye Tamaltan Inès 

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