La dignité fait partie des fondements des droits de l’Homme. Elle se définit comme une valeur intrinsèque, le respect et la considération inconditionnels dus à tout être humain, indépendamment de sa condition, de son âge ou de son état de santé. Au Tchad, celle due à la femme demeure marquée par divers défis.
Alors que la femme tchadienne occupe une place centrale dans la cellule familiale et dans la société, son quotidien est parfois empreint de combat pour exister. Dans l’intervalle d’un mois, des mineures ont été victimes de viols par des adultes. Des faits qui ont choqué l’opinion et des dénonciations de toutes les couches ont suivi. Mais pour les victimes, ce sont des vies brisées et la peur dans l’avenir de se regarder dans un miroir. Détruire l’intimité des mineures touche la profondeur de l’image qu’on donne à la femme.
Quand une fille censée être mère demain est affectée et instable à cause des traumatismes liés au viol, comment pourrait-elle éduquer ? Puisqu’étant à la base de l’éducation, il faut que le respect de sa dignité soit traduit par la garantie de ses droits, la reconnaissance de son travail et la valorisation de son rôle dans la transmission des valeurs culturelles et morales.
En dehors de ces cas de viols, plusieurs autres actes portent atteinte à la dignité de la femme. Parmi ceux-ci, il y a le mariage forcé surtout dans le milieu rural. La conséquence est la dégradation de la situation de la femme dans un foyer qu’elle n’a pas désiré. Et souvent, si ce n’est pas le divorce, c’est l’assassinat ou le suicide. La femme dans une certaine mesure est « chosifiée » ne pouvant pas décider d’elle-même. Plus elle est vulnérable, plus sa dignité est bafouée par ceux censés la protéger
Des efforts à renforcer
Le Tchad, à travers ses différents instruments juridiques, a enregistré des progrès, mais la situation sur le terrain ne donne pas beaucoup d’espoir. A titre d’exemple, l’ordonnance 003/PR/2025 portant prévention et répression des violences à l’égard des femmes et des filles donne le ton de la protection sous toutes les formes. Elle définit clairement tous les actes pouvant porter atteinte à la dignité de la femme tels que le harcèlement sexuel, l’inceste, l’incitation des mineures à la débauche, la prostitution forcée, etc. Les dispositions pénales prévues par cette ordonnance sont sévères pour dissuader les auteurs des actes répréhensibles à l’égard des femmes. Pour les traitements dégradants, humiliants ou inhumains de nature à causer un trouble psychologique, l’article 31, dans son alinéa 3, prévoit un emprisonnement de 6 mois à 3 ans et une amende de 500 000 à 5 000 000 F CFA. Rien qu’à ce titre, il apparait clairement que l’Etat a pris la mesure du phénomène.
Mais pourquoi celui-ci persiste ? La lutte pour la dignité de la femme est multidimensionnelle et multi-acteurs. L’éducation parentale doit être le socle. Cette responsabilité est engagée parce que c’est dans la cellule familiale que l’enfant apprend les premières valeurs humaines. A l’échelle de l’Etat, l’école doit être un endroit où ces valeurs sont renforcées. La vulgarisation des textes, voire leur traduction dans les langues locales peut permettre de comprendre les enjeux de la question liés à la dignité de la femme. Cette action pourrait être renforcée par les acteurs médiatiques à travers leur production. Les articles 9 et 10 de l’ordonnance appellent expressément à cette responsabilité. « Est considérée comme illicite, toute publicité qui utilise des représentations dégradantes, dévalorisantes, déshumanisantes et vexatoire des femmes et filles », clarifie ledit texte. Il serait également plus que nécessaire de disposer des textes qui punissent toute atteinte à la dignité de la femme par voie numérique. Car, avec les réseaux sociaux, le phénomène s’accentue sur un tout autre terrain.
Badoum Oumandé Henri












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