Editorial

Editorial : A bon entendeur, salut !

Le 30 janvier 2026, une nouvelle de taille est venue alimenter les débats dans les milieux judiciaire et social tchadiens. Il s’agit d’une décision du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) prononçant la révocation de quatre magistrats, la suspension temporaire de deux autres et la relaxe de deux. Sans revenir ici sur les motifs ayant conduit à ces sanctions, il convient de souligner que cette décision intervient dans un contexte marqué par une crise croissante de confiance entre l’appareil judiciaire et les justiciables.

En procédant à ce coup de balai interne, le Conseil supérieur de la magistrature adresse un signal fort, non seulement aux magistrats investis de la mission de dire le droit, mais également à l’ensemble des agents publics appelés, d’une manière ou d’une autre, à gérer les affaires de l’État. Pendant longtemps, l’État a, en effet, été perçu comme une sorte de «poubelle » dans laquelle certains détenteurs d’une parcelle de pouvoir déversent leurs propres appréhensions, pourvu que leurs intérêts personnels soient préservés. L’État est ainsi sacrifié, sans souci de redevabilité, et l’on continue comme si de rien n’était.

La responsabilité confiée, au-delà de l’honneur qu’elle confère à son bénéficiaire, constitue avant tout un devoir et un appel à servir l’État avec loyauté. Cela implique de réfléchir à deux reprises avant de poser un acte, au risque d’avoir à en répondre un jour devant les instances compétentes. Au nom de la puissance publique, il est légitime de poser des actes lorsqu’ils vont dans le sens de l’intérêt général. En revanche, dès lors qu’apparaissent des soupçons ou qu’il y a entorse aux textes en vigueur, il est préférable de dire non ou, à défaut, de s’abstenir.

Dans un passé récent, l’Agent judiciaire de l’État (AJE) a rappelé cette exigence lors d’un atelier, en soulignant que l’État subissait des préjudices moraux et financiers du fait d’actes posés en son nom par ses propres agents. Il a ajouté que, désormais, ceux qui agiraient avec mépris ou légèreté répondraient personnellement de leurs actes. La décision du CSM apparaît ainsi comme un avant-goût de ce qui attend tout agent de l’État qui banaliserait l’exercice de ses fonctions.

Pour éviter de se retrouver dans une posture indésirable, il est donc préférable d’accomplir son travail avec rigueur et sans complaisance. Cette décision se veut exemplaire et invite chacun à revisiter sa manière de servir l’État et la collectivité. La position occupée doit contribuer à projeter une image positive de soi, de la corporation à laquelle on appartient et, bien entendu, de l’État. À défaut, le risque est grand de se retrouver confronté à des situations que l’on n’a peut-être pas cautionnées, mais dont on a sous-estimé la portée.

La Rédaction

 

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