Editorial

Editorial : Application stricte des textes

La récente note circulaire de l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) sonne comme un avertissement solennel adressé à l’ensemble des acteurs de la commande publique au Tchad. Derrière le langage administratif et juridique, se cache une réalité préoccupante : la gestion des marchés publics demeure gangrenée par des pratiques illégales, récurrentes et profondément dommageables pour les finances de l’État. Les constats dressés par l’AILC sont sans équivoque. Absence de plans annuels de passation, non-respect des seuils réglementaires, recours abusif aux ententes directes, fractionnement artificiel des marchés, surfacturations, paiements sans service fait : la liste est longue et alarmante. Ces dérives ne sont pas de simples erreurs techniques ou des manquements isolés ; elles traduisent une culture de contournement des règles qui affaiblit durablement l’action publique.

Or, les marchés publics ne sont pas un simple mécanisme administratif. Ils constituent l’un des leviers majeurs du développement économique, de la fourniture des services essentiels et de la confiance entre l’État et les citoyens. Chaque franc mal utilisé, détourné ou gaspillé est un hôpital non équipé, une école inachevée, une route impraticable. En ce sens, la mauvaise gouvernance de la commande publique n’est pas seulement une faute juridique, elle est une injustice sociale. La fermeté affichée par l’AILC, notamment l’annonce de sanctions à compter de janvier 2026, marque un tournant important. Elle rappelle que le respect du Code des marchés publics n’est pas optionnel, mais une obligation légale engageant la responsabilité personnelle et professionnelle des ordonnateurs, gestionnaires et membres des commissions de passation. Ce rappel est salutaire dans un contexte où l’impunité a trop souvent servi de refuge aux pratiques déviantes. Cependant, cette circulaire ne doit pas rester lettre morte. L’efficacité de cette démarche dépendra de sa mise en œuvre rigoureuse et impartiale. Les sanctions annoncées devront être appliquées sans complaisance, quel que soit le rang ou la position des personnes mises en cause. La crédibilité de la lutte contre la corruption repose précisément sur l’égalité devant la loi.

Par ailleurs, la répression seule ne suffira pas. Elle doit s’accompagner d’un renforcement des capacités des acteurs publics, d’une meilleure organisation des procédures, d’un contrôle interne efficace et d’une transparence accrue. La digitalisation des marchés publics, la publication systématique des informations et l’implication de la société civile peuvent constituer des garde-fous essentiels.

En définitive, cette note circulaire est une opportunité. Celle de rompre avec les mauvaises pratiques et de refonder la gouvernance des marchés publics sur les principes de légalité, de transparence et de concurrence. Le Tchad ne manque ni de textes ni d’institutions ; il lui reste à faire preuve de volonté politique et de courage administratif. L’heure n’est plus aux avertissements, mais à l’action.

La Rédaction

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