Editorial

Editorial : Des exonérations qui interrogent

L’une des particularités du budget général de l’état pour l’exercice 2026 est l’exonération sur cinq ans des droits et taxes sur les mini-bus, les autocars, les taxis importés neufs destinés à la mobilité urbaine et interurbaine.  Dans les argumentaires ayant guidé cette mesure, il y a, entre autres, la modernisation du transport urbain et interurbain ainsi que la préservation de l’environnement contre toute forme de pollution.  Ce qui, en fait, peut être perçu comme une bonne nouvelle surtout que les moyens de transport actuels laissent, dans la plupart des cas, à désirer. En plus de n’offrir aucun confort aux usagers, les trajets sont à des prix qui n’encouragent que les déplacements et voyages sous contraintes.

Devant cette situation, le déphasage entre les villes et les campagnes d’une part, et, d’autre part, entre le transport urbain et interurbain, interpelle. Au niveau des contrastes villes/campagnes, l’on constate que les minibus et autres sont enclins à ne desservir que les zones où les rues sont bitumées. Si les raisons de modernisation et de pollution peuvent justifier ces exonérations, il demeure des zones d’ombres qui taraudent l’esprit.

En effet, rien n’établit le lien direct entre ces exonérations et leur impact sur le coût du transport qu’il soit urbain ou interurbain. Outre les raisons évoquées ci-haut, ce qui est attendu, c’est la réduction significative du tarif de ces transports. Si des mécanismes clairs ne sont pas définis, le Trésor public risque de se voir privé de sommes importantes liées à ces mesures sans que cela n’induise les améliorations qu’elle est censée produire. Cela d’autant plus qu’en réalité, le terme « neuf » au Tchad en termes d’engins, fait référence à deux variantes. La première est celle des véhicules véritablement neufs et dont le coût, en réalité, est hors de portée de nombreuses personnes. Ils sont neufs parce qu’ils n’ont pas été mis en circulation quelque part avant d’atterrir au pays de Toumaï. La seconde variante est celle des véhicules dits « congelés » qui, bien que mis en circulation au Tchad pour la première fois, sont en réalité des engins de seconde main.  A ce niveau, la préoccupation consiste à s’assurer si ces derniers sont également concernés par les exonérations ou pas.

Nonobstant ces aspects, l’épineuse équation est celle de l’arrimage des importateurs de ces engins à la politique sociale des plus hautes autorités. Par le passé, des exonérations sur d’autres produits se sont heurtés à la résistance des commerçants véreux qui, au lieu de diminuer les prix, ont préféré les maintenir voire les augmenter. Comme quoi, des mécanismes précis doivent être définis pour qu’on ne se retrouve pas avec des effets inverses où le commerçant sort bénéficiaire alors que la population ne voit aucune retombée positive.

La Rédaction

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