Au Tchad, la communication institutionnelle demeure encore le parent pauvre de nombreuses administrations publiques. Dans plusieurs ministères et institutions, cette fonction stratégique est souvent reléguée au second plan, confiée à des personnes dont les compétences ne correspondent ni aux exigences du métier ni aux enjeux de la communication publique.
Il n’est pas rare de voir des photographes, des cameramen ou de simples proches des responsables être désignés pour assurer la communication d’un ministère. D’autres, munis d’un appareil photo, d’un gilet de presse et de quelques logiciels de retouche, s’autoproclament journalistes ou communicants, alors qu’ils ne possèdent ni la formation, ni l’expérience, ni la maîtrise des règles qui encadrent cette profession. Une telle confusion des rôles nuit inévitablement à la qualité de l’information diffusée et à l’image des institutions.
Pourtant, une direction de la communication ne se limite pas à produire des photographies ou à publier des vidéos sur les réseaux sociaux. Elle constitue un véritable outil stratégique au service de la gouvernance. Sa mission est d’informer les citoyens avec clarté, de valoriser l’action publique, de renforcer la transparence, de construire une relation de confiance avec les médias et de préparer les autorités à leurs prises de parole. Elle assure également la communication interne, pilote les campagnes de sensibilisation et gère les situations de crise, où chaque mot et chaque image peuvent avoir des conséquences importantes.
Malheureusement, dans de nombreuses institutions tchadiennes, la communication est encore réduite à une tâche secondaire où le responsable de communication sert simplement d’agent de liaison avec la presse. Plus préoccupant encore, il arrive fréquemment que des ministres ou des responsables d’institutions effectuent des missions à l’intérieur comme à l’extérieur du pays sans être accompagnés d’un véritable responsable de la communication. Ils voyagent uniquement avec un photographe ou un cameraman, dans l’espoir que les images produites suffiront aux médias pour relayer leurs activités.
Cette approche montre rapidement ses limites. Lorsqu’une déclaration est mal interprétée, qu’une polémique éclate ou qu’une séquence médiatique tourne au désavantage d’un responsable, les équipes ministérielles sollicitent alors les médias pour tenter de réparer une communication défaillante. Or, la gestion d’une crise de communication ne s’improvise pas. Elle s’anticipe, se prépare et se gère avec méthode.
À l’heure où l’information circule instantanément et où les réseaux sociaux amplifient la moindre erreur, la communication ne peut plus être considérée comme une fonction accessoire. Elle est devenue un levier de gouvernance, de crédibilité et de confiance.
Il est donc temps que les ministères et les grandes institutions publiques accordent à la communication la place qu’elle mérite. Cela passe par le recrutement de professionnels qualifiés, formés aux métiers de la communication, capables de concevoir des stratégies efficaces, de dialoguer avec les médias et de défendre, avec professionnalisme, l’image de l’État.
Une institution forte ne se mesure pas seulement à la qualité de ses actions. Elle se reconnaît aussi à sa capacité à les expliquer, à les assumer et à les faire comprendre aux citoyens. La communication n’est pas un luxe ; elle est désormais une exigence de bonne gouvernance.
La Rédaction











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