Chaque 11 février, la communauté internationale célèbre la Journée internationale des femmes et des filles de science. Une date symbolique qui rappelle que la science n’est pas seulement une affaire de laboratoires ou de technologies de pointe, mais aussi une question d’égalité de chances, de justice sociale et de développement durable. Au Tchad, cette journée appelle surtout à une introspection lucide : celle de la place réelle accordée aux femmes et aux filles dans les filières scientifiques, techniques et technologiques. Car l’avenir d’une nation se construit dans ses salles de classe, ses laboratoires et à travers les opportunités offertes à sa jeunesse.
Aujourd’hui, la science est au cœur de toutes les dynamiques de progrès. Elle structure les systèmes de santé, soutient l’agriculture moderne, accompagne la transition énergétique, renforce la sécurité alimentaire et alimente l’innovation. Pourtant, dans notre pays, l’accès des filles aux disciplines scientifiques demeure limité, freiné par des obstacles persistants : stéréotypes sociaux, orientations scolaires peu incitatives, manque de modèles féminins visibles, insuffisance d’équipements adaptés et conditions d’apprentissage parfois précaires.
Dès le cycle secondaire, les filières scientifiques sont encore perçues comme difficiles, voire réservées aux garçons. Cette représentation éloigne de nombreuses jeunes filles des mathématiques, des sciences physiques, de l’ingénierie ou des technologies numériques. À l’université, la tendance se confirme : les femmes restent minoritaires dans les filières scientifiques, alors même que le pays a un besoin croissant de compétences qualifiées dans ces domaines. Pourtant, là où les opportunités existent, les résultats sont éloquents. Des femmes tchadiennes s’illustrent aujourd’hui dans la recherche, la médecine, l’ingénierie, l’enseignement supérieur ou les sciences appliquées. Leurs parcours démontrent que la question n’est pas celle des capacités, mais bien celle de l’accès, de l’accompagnement et de la valorisation.
La Journée internationale des femmes et des filles de science doit donc dépasser le simple cadre commémoratif. Elle doit être un moment de mobilisation collective : mobilisation des pouvoirs publics, appelés à renforcer des politiques éducatives sensibles au genre, mobilisation des établissements scolaires et universitaires, afin d’encourager l’orientation des filles vers les sciences dès le plus jeune âge, mobilisation enfin des familles, dont le rôle demeure déterminant dans les choix éducatifs.
Investir dans les femmes et les filles dans les domaines scientifiques n’est pas une réponse à une exigence extérieure. C’est un choix stratégique pour le développement national. Un pays qui se prive de la moitié de ses talents scientifiques se condamne à avancer avec un handicap structurel. À l’inverse, un système éducatif inclusif, qui valorise les compétences sans distinction de genre, constitue un puissant moteur de croissance, d’innovation et de souveraineté. Car l’avenir d’un pays ne se décrète pas ailleurs : il se construit ici, avec toutes ses intelligences.
La Rédaction










Ajouter un commentaire