Editorial

Éditorial : La sécurité, l’affaire de tous

Le lundi 1er juin 2026, le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, Ali Ahmat Aghabache, a répondu aux interrogations des sénateurs sur la recrudescence des violences meurtrières, notamment les conflits intercommunautaires et les affrontements entre agriculteurs et éleveurs. À ces préoccupations s’ajoutent l’insécurité grandissante dans les centres urbains et ruraux à travers le pays, les vols à main armée, les agressions mortelles dans les quartiers périphériques ainsi que les actes de grand banditisme.

Parmi les nombreux facteurs qui alimentent cette situation figure la circulation et la détention illégale d’armes de guerre. Si certaines causes des conflits peuvent être traitées au niveau local, la question des armes de guerre dépasse largement les capacités d’intervention des autorités locales. Ce phénomène est complexe et s’inscrit dans des réseaux dont les ramifications s’étendent souvent à des zones difficilement accessibles. À la porosité de certaines frontières s’ajoute l’utilisation croissante d’armes à feu dans les conflits entre agriculteurs et éleveurs ainsi que dans les affrontements intercommunautaires. Cette réalité nourrit chez de nombreuses populations le sentiment de ne pas bénéficier d’une protection suffisante.

Au regard du bilan présenté par le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, il convient de reconnaître les efforts déployés par les forces de défense et de sécurité dans l’accomplissement de leur mission. Malheureusement, les nombreuses interpellations de personnes impliquées dans les conflits et les actes de banditisme, les saisies d’armes ainsi que les condamnations prononcées ne semblent pas produire l’effet dissuasif escompté. Conscient de la persistance du phénomène et de la responsabilité partagée qu’il implique, le ministre appelle à une réduction significative des conflits et de leurs conséquences, à défaut de leur éradication totale.

Cette responsabilité collective interpelle avant tout la conscience de chacun. Les Tchadiens se réclament majoritairement de religions qui accordent une valeur sacrée à la vie humaine. Pourtant, certains citoyens n’hésitent pas à ôter la vie de leur prochain pour des intérêts personnels ou des considérations égoïstes. Ce paradoxe interroge. Comment expliquer qu’au sein d’une société profondément croyante, les principes fondamentaux de respect de la vie soient aussi souvent bafoués ? À bien des égards, il est permis de se demander si les appels des responsables religieux sont suffisamment entendus.

La lutte contre ces différents fléaux a certes permis d’obtenir des résultats, mais elle montre également certaines limites. Il est donc temps de repenser les approches et de renforcer les mécanismes de prévention. Au-delà de l’action des pouvoirs publics, chaque citoyen doit faire preuve d’une culture civique et d’un sens des responsabilités à la hauteur des enjeux de paix et de cohésion sociale.

Si les communautés et les différentes parties prenantes s’abstenaient d’alimenter les désordres et les violences, elles contribueraient grandement au maintien de l’ordre public. Les forces de défense et de sécurité pourraient alors concentrer davantage leurs efforts sur leur mission première : la protection des personnes et des biens ainsi que la sécurisation des frontières, régulièrement menacées par les incursions de groupes terroristes et d’autres mouvements armés. La paix et la sécurité ne relèvent pas uniquement de l’État. Elles sont l’affaire de tous.

La Rédaction

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