Editorial

Éditorial : L’accès aux soins de santé, un défi majeur

Le monde entier a célébré, le 7 avril 2026, la Journée mondiale de la santé, marquant ainsi sa 78e édition. Placée sous le thème : « Unissons-nous pour la santé : soutenons la science », cette commémoration revêt une importance particulière dans un contexte mondial et national caractérisé par des avancées scientifiques majeures. Pourtant, malgré ces progrès, l’humanité reste confrontée à des défis sanitaires, environnementaux et sociétaux persistants, complexes et profondément interconnectés.

Les systèmes de santé, partout dans le monde, sont mis à rude épreuve. Le Tchad n’est pas en marge de cette réalité. Ainsi, cette journée devrait être bien plus qu’une simple célébration symbolique, elle constitue un moment de prise de conscience collective, un appel pressant à l’introspection pour les acteurs du secteur de la santé et les décideurs politiques. Car, le système de santé est lui-même gravement malade.

Dans les zones reculées, l’État semble avoir déserté des pans entiers du territoire en matière de couverture sanitaire. Dans de nombreux villages, ferricks et bourgs reculés, l’absence de Centres de santé fonctionnels est une réalité quotidienne. Face à ce vide, ce sont les tristement célèbres « docteurs choukou » qui s’improvisent soignants et règnent en maîtres. Ces praticiens, sans formation adéquate, souvent animés par la nécessité plus que par la compétence, deviennent le seul recours pour des populations abandonnées.

Dès lors, une question s’impose : sans ces amateurs de la santé, quel serait le sort de ces milliers de citoyens livrés à eux-mêmes ? La réponse est aussi évidente qu’inquiétante. Mais leur présence, loin d’être une solution, constitue un symptôme alarmant de l’effondrement du système.

Un fait récent illustre tragiquement cette situation. En janvier dernier, à Pont Carol, dans le Mayo Kebbi Ouest, un « docteur choukou » a tenté de pratiquer une intervention chirurgicale à son domicile pour traiter une hernie. Dans des conditions précaires, sans équipement adéquat ni encadrement médical, l’opération clandestine a viré au drame. Le patient a perdu la vie sur place. Ce cas, aussi choquant soit-il, n’est malheureusement que la partie visible de l’iceberg.

Combien d’autres vies sont ainsi perdues dans le silence? Combien de drames se jouent dans l’indifférence générale, faute d’infrastructures, de personnel qualifié et de volonté politique réelle ?

Au-delà des discours et des slogans, la réalité est implacable. Le système de santé tchadien souffre de carences structurelles profondes. Manque d’investissements, inégalités territoriales criantes, insuffisance de personnel formé, absence de régulation efficace… autant de maux qui compromettent le droit fondamental à la santé.

Il est temps d’agir. Il est temps que les autorités prennent la pleine mesure de l’urgence. Soutenir la science, comme le prône le thème de cette année, ne doit pas rester un vœu pieux. Cela implique des engagements concrets. Renforcer les infrastructures, former et déployer du personnel qualifié, encadrer strictement les pratiques médicales et garantir un accès équitable aux soins pour tous.

Car au-delà des chiffres et des politiques, il s’agit des vies humaines. Et aucune nation ne peut prétendre se développer en laissant son peuple mourir faute de soins.

La Rédaction

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