Editorial

Éditorial : Les réalités du RGPH-3

Le Tchad a officiellement lancé, le 20 juin 2026, les opérations du troisième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-3), initialement prévues pour une durée de vingt et un jours. Face aux contraintes rencontrées sur le terrain, le président de la Commission nationale de la population (CNP), Tahir Hamid Nguilin, a annoncé, le 26 juin, la prolongation des opérations jusqu’au 21 juillet.

Le bilan à mi-parcours fait état de 1 150 353 ménages recensés pour un objectif de 4 135 443, soit un taux d’exécution de 27,8 %. Il a également indiqué que près de 200 000 ménages sont dénombrés chaque jour grâce à la mobilisation de 35 931 agents recenseurs et contrôleurs déployés sur l’ensemble du territoire national.

Il convient de rappeler que le dernier recensement général remonte à 2009. Dix-sept ans plus tard, le RGPH-3 intervient dans un contexte où les anciennes données démographiques ne reflètent plus les profondes mutations qu’a connues le pays. Pourtant, disposer de statistiques fiables constitue une exigence incontournable pour orienter les politiques publiques, planifier les investissements, répartir équitablement les ressources et permettre aux partenaires techniques et financiers d’accompagner efficacement les efforts de développement du Tchad.

Cette troisième édition marque une véritable rupture avec les précédentes. Pour la première fois, le recensement est entièrement numérisé. Les agents utilisent des tablettes, des images satellitaires et d’autres outils numériques pour collecter les données. En plus, l’ensemble du processus, y compris la gestion de leur rémunération, est digitalisée. Autre innovation majeure : le RGPH-3 est couplé au Recensement général de l’agriculture (RGA), une approche qui permettra de produire simultanément des données démographiques et agricoles, deux piliers essentiels de la planification du développement national.

Cependant, au-delà de ces avancées technologiques, plusieurs défis persistent. Les difficultés d’accès à certaines localités, accentuées par la saison des pluies, ralentissent le déploiement des équipes. Les mouvements de populations, le nomadisme et la période des travaux champêtres compliquent également le dénombrement, de nombreux ménages étant absents lors du passage des agents recenseurs.

À ces contraintes s’ajoutent les difficultés d’approvisionnement en électricité dans plusieurs provinces, qui limitent la recharge des tablettes numériques, ainsi que la maîtrise encore inégale de ces outils par certains agents.

Au-delà des défis logistiques, un autre enjeu apparaît tout aussi déterminant : l’adhésion des populations. Dans plusieurs localités, des réticences subsistent, souvent liées à une sensibilisation insuffisante ou tardive. Une communication de proximité, menée dans les langues locales et relayée par les autorités administratives, traditionnelles et religieuses, aurait sans doute permis de renforcer la confiance des citoyens. Le RGPH-3 constitue ainsi un rendez-vous décisif pour le Tchad. Sa réussite dépend autant de l’engagement des équipes de recensement que de la pleine participation des citoyens. Car au-delà des chiffres, ce recensement permettra de dresser un portrait fidèle de la population tchadienne et de mettre à la disposition des décideurs des données fiables, indispensables à l’élaboration de politiques publiques mieux adaptées aux besoins réels du pays. Un recensement réussi aujourd’hui, c’est un développement mieux planifié demain.

La Rédaction

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