Tchad

Editorial: Rechercher l’autosuffisance

Il ne se passe pas un seul mois sans que le Tchad ne reçoive des fonds et des aides de toute nature de la part de ses partenaires techniques et financiers ainsi que des institutions de Bretton Woods. Avant leur décaissement, l’Assemblée nationale et le Sénat sont souvent sollicités pour adopter certains projets de prêt. Ces milliards qui entrent dans les caisses de l’État sont censés donner un coup d’accélérateur au développement dans lequel le pays s’est engagé.

Ces ressources financières sont généralement destinées à la construction de routes, d’infrastructures sociales, éducatives et sanitaires, ou encore accordées sous forme d’appuis budgétaires. Cependant, le problème est que certains de ces financements sont assortis de conditionnalités qui ne profitent pas toujours aux populations concernées. Plus préoccupant encore, ces conditions ne sont souvent pas portées à la connaissance des citoyens, alors même que ces prêts sont contractés en leur nom.

Certes, les bénéficiaires accueillent avec enthousiasme les ambitieux projets annoncés grâce à ces fonds. Mais ces moyens financiers sont-ils gérés conformément aux orientations des plus hautes autorités de l’État ? Les réalisations accomplies répondent-elles aux normes requises et aux besoins futurs du pays ? Autant de questions légitimes qui méritent une attention particulière.

Sachant que la plupart de ces fonds devront être remboursés, il n’est pas acceptable que les ouvrages financés soient mal réalisés, inachevés ou, dans certains cas, jamais exécutés. Jusqu’à quand l’État devra-t-il continuer à réinvestir dans les mêmes projets sans parvenir à leur aboutissement ? C’est dans cette logique que certains économistes affirment, sans détour, que l’aide extérieure ne développe pas à elle seule un pays. Cette affirmation prend tout son sens lorsque l’État ne renforce pas les mécanismes indispensables à une gestion rigoureuse, saine et transparente des finances publiques.

S’il est difficile de tout financer sur fonds propres et qu’il y a lieu de saluer la capacité du Ministère en charge des Finances à mobiliser les partenaires, il est néanmoins nécessaire de réduire progressivement la dépendance à l’égard des financements extérieurs. Car toute aide répond également à des intérêts, parfois peu visibles. Comme le dit l’adage, « l’argent est le nerf de la guerre », mais il ne faut jamais oublier que la main qui donne demeure souvent au-dessus de celle qui reçoit. L’aide extérieure peut certes permettre de faire face à des urgences ou de financer des besoins ponctuels. Toutefois, elle ne constitue pas une garantie de développement durable. Elle ne favorise ni l’autonomie ni l’autosuffisance lorsqu’elle devient une dépendance permanente.

Le Tchad doit donc veiller à ne pas s’appuyer excessivement sur l’aide internationale. Pour y parvenir, la lutte contre la corruption doit être menée avec détermination et sans complaisance. Parallèlement, l’amélioration du climat des affaires demeure essentielle afin d’attirer davantage d’investissements privés, créateurs de richesses et d’emplois.  Il est aussi question de développer davantage les ressources propres à travers l’agriculture, l’élevage et les minerais.

À défaut de ces réformes, ces aides risquent davantage d’accentuer les inégalités et fragiliser la gouvernance locale lorsqu’elle est mal gérée. L’autosuffisance ne se décrète pas ; elle se construit grâce à une vision claire, une volonté politique forte et des stratégies de développement cohérentes et durables.

La Rédaction

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ATPE

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