Education Tchad

Éducation nationale : Alhabo hérite d’une école fragilisée

Le Ministère de l’Éducation nationale, du Bilinguisme et de la Promotion Civique, a changé de main, le mardi 7 avril 2026, à l’issue d’une cérémonie de passation de service présidée par la Secrétaire générale du gouvernement, Dr Ramatou Mahamat Houtouin. Entre signatures de procès-verbaux et discours d’usage, cette transition entre Dr Aboubakar Assidick Choroma, le ministre sortant et Dr Mahamat Ahmad Alhabo, le nouveau ministre, s’est déroulé dans un contexte où l’école tchadienne reste profondément fragilisée.

Au-delà du protocole, c’est un secteur sous tension qui se dévoile. Durant son mandat, le ministre sortant, Dr Aboubakar Assidick Choroma, a dû faire face à une accumulation de difficultés : baisse du niveau des élèves régulièrement dénoncée, revendications autour des primes des enseignants, grèves à répétition sur l’ensemble du territoire, sans oublier les défis liés au recrutement des enseignants. Un contexte que l’intéressé lui-même n’a pas cherché à minimiser. « Le séjour que j’ai effectué à la tête de ce département n’a pas été de tout repos », a reconnu, Dr Aboubakar Assidick Choroma, évoquant des « tensions sociales importantes » ayant mis à rude épreuve le système éducatif. Malgré cela, il a affirmé avoir œuvré pour «préserver l’essentiel», notamment la continuité du service public de l’éducation.

L’ancien ministre a également mis en avant plusieurs acquis parmi lesquelles la construction de lycées et de centaines de salles de classe, les réformes engagées sur la qualité de l’enseignement, le bilinguisme et la gouvernance, ainsi que la mobilisation de ressources. «Ces avancées, bien que perfectibles, constituent des jalons importants », a-t-il souligné, tout en admettant que « beaucoup reste à faire ».

Mais ces efforts suffisent-ils à masquer les failles persistantes du système ? La récurrence des grèves et le malaise enseignant laissent penser que les réponses apportées n’ont pas permis de traiter les causes profondes des crises.

Un nouveau ministre face à l’épreuve du réel

En prenant les commandes de l’Education nationale, Dr Mahamat Ahmad Alhabo, ministre d’Etat hérite d’un Ministère sous pression. Ancien ministre d’Etat, ministre secrétaire général de la présidence et ex-ministre de la Justice, il arrive avec un profil politique solide. Mais la question reste entière : saura-t-il s’imposer dans un secteur où les tensions sociales dictent souvent le tempo ? Son diagnostic, en tout cas, est sans détour. « Aujourd’hui, l’école Tchadienne est malade, très malade », a-t-il déclaré. Une formule forte qui tranche avec les discours souvent mesurés et qui traduit l’ampleur des défis. Pour lui, la priorité se sont les enseignants. « Tout système éducatif vaut ce que valent ses enseignants», a-t-il insisté, appelant à disposer de professionnels « compétents et motivés ». Une orientation qui semble répondre directement aux dysfonctionnements observés ces dernières années.

Mais au-delà des intentions, les attentes sont immenses. Le nouveau ministre hérite d’un véritable chapelet de doléances : primes en souffrance, conditions de travail difficiles, manque d’enseignants qualifiés. Autant de dossiers sensibles qui ont, par le passé, alimenté les tensions et paralysé le système. Dès lors, plusieurs interrogations s’imposent. Dr Mahamat Ahmad Alhabo pourrait-il s’en sortir là où ses prédécesseurs ont peiné ? Saura-t-il faire asseoir les syndicats autour d’une même table afin de trouver un point d’entente durable pour le bon fonctionnement de l’école ? Et surtout, pourra-t-il transformer un diagnostic lucide en réformes concrètes et efficaces ? « Donnons-nous tous la main pour sauver et renouveler l’école tchadienne », a-t-il lancé, appelant à une mobilisation collective. Un appel nécessaire, tant l’éducation demeure « la fondation et le socle » de la nation.

Reste désormais à savoir si cette nouvelle équipe parviendra à dépasser le stade des discours pour engager une véritable refondation. Car au-delà de la passation, c’est bien l’avenir de l’école tchadienne qui se joue.

Sikngaye Tamaltan Inès

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