Le ministère de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable s’impose comme un acteur central de la transition écologique. Entre réformes législatives majeures, conservation de la biodiversité, lutte contre la désertification et structuration des filières halieutiques, le Tchad affiche des avancées notables malgré des défis persistants.
Le ministère de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable s’impose comme l’un des piliers essentiels de la gouvernance nationale. Son rôle, déterminant pour la préservation des ressources naturelles et la qualité de vie des citoyens, a donné lieu à d’importantes réformes juridiques, institutionnelles et opérationnelles. L’évolution du cadre légal constitue l’un des changements majeurs de ces dernières décennies. La loi N°014/PR/98, qui avait posé les bases de la politique environnementale nationale, a été mise à jour avec l’adoption de la loi N°023/CNT/2024. Ce nouveau texte modernise profondément l’approche environnementale en intégrant des enjeux contemporains tels que les déversements d’hydrocarbures, les nuisances visuelles et lumineuses, l’exposition aux champs électromagnétiques, les biotechnologies, les changements climatiques, le crédit carbone et de nouveaux outils d’évaluation environnementale. Il renforce également la répression des infractions et érige le Comité Technique National de Suivi et de Contrôle en Autorité Nationale de Contrôle et de Suivi, désormais compétente pour superviser les aspects environnementaux et sociaux des projets pétroliers, gaziers et miniers.
Parallèlement, le gouvernement a mis en place plusieurs structures afin de renforcer la gouvernance environnementale. Parmi elles, la Garde Forestière et Faunique, chargée de lutter activement contre le braconnage, le Fonds Spécial en faveur de l’Environnement, dédié au financement des actions climatiques, ainsi que l’Agence Nationale de la Grande Muraille Verte, qui œuvre contre l’avancée du désert dans le cadre de l’initiative panafricaine allant du Sénégal à Djibouti. Dans le domaine de la conservation de la faune et de la flore, les partenariats publics-privés conclus avec des ONG internationales ont permis d’importantes avancées.
La réintroduction de plus de 300 Oryx al gazelle et 150 Addax nasomaculatus dans la réserve de Ouadi Rimé–Ouadi Achim, la création de la Réserve naturelle et culturelle de l’Ennedi, l’ouverture de trois nouveaux parcs nationaux Zah Soo, Sena-Oura et Siniaka Minia, ainsi qu’une gestion améliorée des grands écosystèmes protégés témoignent de cette dynamique. L’utilisation de la technologie satellitaire pour suivre les populations d’éléphants a également permis d’élaborer une stratégie nationale de conservation.
La lutte contre les changements climatiques constitue un autre axe majeur de l’action gouvernementale. Depuis la ratification de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques en 1993, puis du Protocole de Kyoto et de l’Accord de Paris, le pays s’est doté de nombreux outils stratégiques : communications nationales, PANA, PNA, CPDN, CDN, stratégies bas carbone, plan de financement et rapport biennal actualisé. Ces documents structurent les efforts nationaux pour atténuer les effets du changement climatique et renforcer la résilience des communautés. Le secteur de la pêche et de l’aquaculture a également fait l’objet d’importantes réformes. Le diagnostic du sous-secteur a conduit à l’élaboration d’un schéma directeur, d’une stratégie nationale et d’un cadre stratégique de développement de l’aquaculture, ainsi que de plans d’aménagement des pêcheries. Le gouvernement a par ailleurs mis en place des structures locales telles que des comités de gestion, des comités villageois de surveillance et des infrastructures modernes, notamment des débarcadères, des plateformes de transformation du poisson et des antennes de surveillance.
La lutte contre la désertification constitue un défi central dans un pays fortement touché par la dégradation des terres. L’Agence Nationale de la Grande Muraille Verte intervient sur plus de 35 % du territoire national, couvrant douze provinces et près de 6,5 millions de personnes. Ses réalisations sont significatives : plus de 2,3 millions de plants produits, près de 40 000 hectares restaurés, des fermes agricoles communautaires, des milliers d’hectares de reboisement, de régénération naturelle assistée et de fixation des dunes, ainsi que l’installation de forages solaires et manuels. Ces actions ont permis la création de plus de 11 400 emplois verts, au bénéfice direct des communautés locales. Malgré ces progrès, plusieurs défis persistent : insuffisance de moyens matériels et techniques, difficulté à ralentir la dégradation des terres, manque de financement et nécessité de renforcer les systèmes de suivi-évaluation. Le pays doit également avancer vers la mise en place d’un programme transformateur capable de renforcer durablement la résilience des écosystèmes et des populations.
Newingar Minguéngué Jacqueline, Badour Oumar Ali, Abdelaziz Ibet Yacoub












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