Economie

Filières viande et lait  : Le Tchad continue d’exporter du bétail vivant

Avec un cheptel estimé à plus de 156 millions de têtes, le Tchad figure parmi les plus grandes puissances pastorales d’Afrique. L’élevage y représente une ressource économique importante et constitue le principal moyen de subsistance de plusieurs ménages ruraux. Pourtant, malgré cette richesse exceptionnelle, les filières viande et lait demeurent confrontées à des obstacles qui limitent considérablement leur contribution au développement économique national.

Le Tchad possède l’un des plus importants cheptels en Afrique. Selon les données présentées lors du premier Salon national de l’élevage organisé en décembre 2025, le cheptel tchadien est estimé à 156 632 251 têtes, toutes espèces confondues, auxquelles s’ajoutent 37.476.119 volailles. Le pays occupe également le premier rang mondial en matière de cheptel camelin avec 11 391 044 têtes, devant la Somalie, le Soudan et l’Arabie saoudite, d’après les mêmes sources. Cette abondance du cheptel ne s’est pas accompagnée d’une industrialisation suffisante. La filière viande reste peu valorisée localement et le bétail continue à être exporté sur pied vers le Nigeria, le Cameroun, la Libye et d’autres pays voisins. Cette pratique prive le Tchad d’importantes recettes liées à la transformation industrielle. Les emplois créés dans les abattoirs, les usines de conditionnement, les industries du cuir ou les chaînes de distribution profitent principalement aux pays importateurs.

D’après le rapport annuel 2024 de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), les exportations de bétail ont généré 220 milliards de F CFA en 2024, contre 136,4 milliards de F CFA en 2020, soit une hausse de plus de 61 % en cinq ans. Le bétail représente désormais 8,2 % des exportations totales du Tchad. Si le Tchad parvient à disposer d’industries de transformation de viande, ces chiffres seront rehaussés comme ceux du pétrole qui atteignent 84,6 % des exportations nationales.

Dans cette logique de booster davantage l’économie nationale, un projet de construction d’un abattoir frigorifique moderne a été lancé en septembre 2014. Il est dimensionné pour traiter quotidiennement 200 à 400 bovins et 400 à 600 petits ruminants (et jusqu’à 500 dromadaires), visant une production annuelle de 40.000 à 70.000 tonnes de viande-carcasse. En plus de l’abattoir frigorifique, les infrastructures comprennent une tannerie de traitement de 500 peaux de bovins et 5000 peaux de petits ruminants par jour, des centres de quarantaine pour le bétail, une unité de transformation des sous-produits (os, sang, sabots) et un centre de formation. Ce projet ambitieux de la filière viande demeure opaque dans sa concrétisation. Le Complexe industriel des abattoirs du Logone, ne peut à lui seul favoriser la transformation et l’exportation de la viande. Le Tchad continue d’exporter le bétail vivant et cela impacte sa croissance économique.

La filière lait est moins développée

Malgré cet important cheptel bovin, caprin et camelin, la filière laitière locale reste moins valorisée. Les marchés sont fortement dépendants des produits laitiers importés. Dans les marchés, les consommateurs utilisent largement du lait en poudre importé pour répondre à leurs besoins quotidiens. Parmi les marques les plus répandues figurent Nido, Peak Milk, Nura etc. Même si, dans les zones pastorales d’importantes quantités de lait frais ont été produites, le problème de la collecte, de la conservation et de la commercialisation se pose.

L’absence de centres de collecte performants, le manque d’unités de transformation modernes et l’insuffisance de la chaîne du froid entraînent des pertes. Une partie du lait produit dans les zones rurales est consommée localement ou transformée artisanalement, sans pouvoir atteindre les grands marchés urbains. Avec cet impressionnant cheptel estimé à 156 632 251 têtes, toutes espèces confondues, le Tchad devrait en principe, être un pays exportateur de lait et non importateur.

Abakar Gombo Doungous

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