Santé

Fractures : Quand les soins traditionnels complètent à la médecine moderne

Lorsque la médecine traditionnelle échoue, le recours à la médecine moderne demeure la seule issue. Les complications dues aux retards d’accès aux soins appropriés sont parfois irréversibles. Certains corps soignant exhortent les accidentés à se rendre dans les hôpitaux pour une prise en charge médicale.

Au Tchad, certaines fractures osseuses sont souvent traitées de manière traditionnelle au lieu de faire appel à la médecine moderne. Le traitement des fractures osseuses par les tradipraticiens, est une pratique courante de la médecine locale traditionnelle. Elle est largement utilisée par la population locale. Cette pratique peut avoir des complications et des conséquences graves si l’on n’y réfère pas tôt dans un centre de soins appropriés. La médecine moderne est capable de poser de diagnostics précis et traiter ces complications.

Adama Ramadan, victime d’une fracture de la rotule, a sollicité d’abord un tradipraticien, «Lorsque j’ai eu cette fracture, le traitement traditionnel a été sollicité. Le guérisseur a stabilisé l’os à l’aide des morceaux de bois en appliquant des baumes dessus. La douleur devenait de plus en plus insupportable, insoutenable et au bout d’une semaine, le genou a triplé de volume. Voyant ma souffrance, j’ai été admise à l’hôpital. J’ai été reçue aux urgences puis hospitalisée et bénéficiée d’une opération chirurgicale. Après l’opération, des pansements, des séances de rééducation, j’ai pu retrouver la mobilité de ma jambe au bout d’un an », a-t-elle témoigné.

Le collégien Khalid Tahir, par contre, encourage la médecine traditionnelle. « J’avais connu un accident en 2023 et j’ai eu l’os de l’avant-bras fracturé. Mon oncle en tant que tradipraticien, est intervenu pour le remettre en place. Au bout de 45 jours, l’os s’est consolidé puisqu’une radiologie l’a confirmé. Pour moi, on n’a pas forcément besoin d’aller à l’hôpital pour se faire soigner après une fracture d’os. Cependant, la radiologie est nécessaire » soutient-il.

Mahamat Oumar Ousmane, tradipraticien, explique que la médecine traditionnelle est capable de réparer les fractures mais elle demeure limitée. « Le traitement traditionnel est possible pour les os longs sans plaie. Pour les fractures des os au niveau des muscles, ou encore du cou, de la tête, du dos, du thorax, de la hanche, il faut nécessairement l’intervention de la médecine moderne », reconnait le tradipraticien. Pour lui, certains de ses collègues acceptent de traiter les patients dans le but de soutirer des sous, sachant qu’ils sont limités.

Docteur Nodjath Naobé Emery, chirurgien traumatologue, orthopédiste et chef de service de traumatologie à l’hôpital militaire d’instruction, souligne qu’une fracture osseuse est une rupture de continuité d’un os. Elle peut être ouverte ou fermée. Il affirme que toutes les fractures ne peuvent être traitées traditionnellement et un retard d’accès aux hôpitaux peut entrainer des complications, voire des décès. « Les complications résultent d’une mauvaise consolidation en position vicieuse, ou d’une absence de consolidation, cas d’une pseudarthrose. Une infection de la fracture où on peut avoir une ischémie du membre peut advenir suite à une complication, il s’agit d’une rupture de la circulation du sang en distale du membre pouvant conduire à une amputation du membre », a-t-il souligné. Le traumatologue ajoute cependant que les tradipraticiens sont limités. « Les tradipraticiens voient seulement l’os tandis que le médecin voit en plus de l’os, les muscles, les vaisseaux et les nerfs. La radiologie permet de visualiser les os, les articulations, le crâne. Pour la fracture du membre inférieur, il y a également un risque de mort dus à une embolie pulmonaire si le patient n’est pas mis sous anticoagulant », explique-t-il.

La médecine moderne connait certes des progrès en matière de réparation des os, toutefois, les enseignements du passé font toujours leurs preuves. La référence vers l’hôpital s’avère nécessaire pour éviter le pire.

Naïma Ahmed Beïn

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