Economie

Fruits locaux : Transformer au lieu de jeter

Au Tchad, les saisons d’abondance remplissent les marchés des grandes villes de mangues, goyaves, papayes ou encore de tamarins. Mais faute de moyens de conservation et d’une véritable culture de transformation, une grande partie de ces fruits finit par pourrir. Des entrepreneures et des commerçantes démontrent pourtant qu’avec des techniques simples, ils peuvent être conservés plusieurs mois, voire plusieurs années, tout en générant des revenus bien au-delà de la saison de production.

Au marché Taradona dans la commune du 7ème arrondissement de la ville de N’Djaména, les mangues occupent les étals, dès les premières heures de la journée. Au mois d’avril considéré comme la haute saison, les arrivages étaient si importants que les prix chutaient rapidement. Les vendeuses savent alors qu’une partie de leur marchandise ne trouvera pas preneur avant de commencer à se détériorer. Sous l’effet de la chaleur, les fruits mûrissaient en quelques jours. Lorsqu’ils ne sont pas vendus à temps, ils deviennent impropres à la consommation et terminent souvent dans la poubelle. Une perte financière que beaucoup de commerçants considèrent encore comme une fatalité.

Remadji N. en a fait l’expérience. « Pendant la saison des mangues, les camions arrivaient chargés. Les prix baissaient tellement qu’on vendait à perte. Au bout de deux jours, les mangues devenaient molles, les mouches pullulaient et je finissais par jeter une bonne partie», raconte-t-elle. Comme beaucoup, elle pensait qu’un réfrigérateur était indispensable pour conserver ses produits jusqu’au jour où une vieille commerçante lui montre une méthode beaucoup plus simple. « Elle m’a appris à trier les mangues les plus mûres pour les faire sécher au soleil. Depuis, je jette beaucoup moins ma marchandise. Je vends les fruits frais et je conserve une partie sous forme séchée. Pour moi, ce conseil est devenu mon frigo », dit-elle.

À quelques mètres de son étal, Habiba N. applique ce même principe avec les papayes. « Quand les papayes sont abondantes, elles mûrissent très vite. Avant, j’en perdais beaucoup. Aujourd’hui, je fais sécher celles qui commencent à ramollir. Je les revend ensuite au lieu de tout perdre », explique-t-elle. Ces initiatives restent encore marginales alors que les pertes post-récolte concernent chaque année une grande partie des fruits produits au Tchad.

Créer de la valeur au-delà de la saison

Pour Yanyam Géraldine, promotrice de « Géraldine Bio », la période d’abondance devrait être considérée comme une opportunité économique plutôt qu’une période de pertes. Sa startup transforme des fruits et légumes en poudre, purée, concentré et confiture, sans conservateurs chimiques. « Lorsque les fruits sont abondants, nous les transformons à l’aide de séchoir solaire et nous stérilisons les bouteilles dans un four solaire avant le conditionnement ». Selon elle, la transformation permet de prolonger la durée de vie des produits, de limiter le gaspillage alimentaire et de continuer à approvisionner les consommateurs même après la fin de la saison. « Au lieu de jeter les invendus, ils deviennent des produits qui peuvent être commercialisés toute l’année », souligne-t-elle. La jeune entrepreneure cite le manque d’équipements adaptés et d’emballages comme les principaux obstacles.

Djasrabé Guerindjita Nguéadoum, entrepreneur spécialisé dans la transformation agroalimentaire, dresse le même constat. « Beaucoup de fruits non vendus finissent par pourrir ou sont donnés aux animaux. Pourtant, ils peuvent être transformés en jus, en confiture ou en fruits séchés », affirme-t-il. Pour y parvenir, il a recourt au séchage, à la réfrigération, à la congélation ou encore à la fabrication de jus et de confitures. D’après lui, ces procédés permettent de prolonger la conservation de plusieurs semaines, voire davantage selon les produits. Au-delà de la lutte contre le gaspillage, il estime que la transformation constitue un véritable levier économique. « Elle permet de créer des produits à plus forte valeur ajoutée et d’augmenter les revenus des producteurs, des transformateurs et des commerçants », explique-t-il.

Hadjé Fatimé Djimramadji

À propos de l'auteur

ATPE

Ajouter un commentaire

Cliquez ici pour poster un commentaire