À l’approche de l’Aïd al-Adha, communément appelée Tabaski, les autorités municipales ainsi que les professionnels de santé multiplient les appels à la responsabilité citoyenne pour une gestion sécurisée des déchets issus des animaux sacrifiés. Chaque année, à N’Djaména, l’abandon des peaux, viscères et autres restes d’animaux dans les rues et espaces publics engendre de graves problèmes d’insalubrité et expose les populations à divers risques sanitaires.
Dans plusieurs quartiers de la capitale, les habitants dénoncent les mauvaises odeurs, la prolifération des mouches ainsi que l’accumulation des déchets après la fête. Au quartier Dembé, la jeune Aïcha Ali, âgée de 9 ans, citoyenne lambda, exprime son inquiétude face à cette situation récurrente. « Après la Tabaski, il y a de fortes odeurs dans notre rue. Je ne peux plus jouer devant la maison comme avant parce qu’il y a des peaux et des restes de mouton par terre », témoigne-t-elle.
Même préoccupation chez Hadjé Mariam Abdoulaye, enceinte de sept mois et résidant au quartier Diguel. Selon elle, les carcasses abandonnées à proximité des habitations rendent le cadre de vie difficile. « L’odeur me donne des nausées et je dors mal. Nous avons besoin d’endroits prévus pour jeter ces déchets afin de protéger les familles et les enfants », plaide-t-elle.
Au quartier Goudji, Mahamat Ibrahim, 58 ans, regrette le manque de moyens consacrés à l’évacuation rapide des déchets. « Chaque année, les déchets pourrissent dans les rues après la fête. Sans bacs à ordure, ni camions de ramassage, les habitants peinent à maintenir la propreté », explique-t-il.
Face à cette situation, le maire de la commune du 8ème arrondissement de N’Djaména, Hassan Abdoulaye Mahamat, reconnaît les difficultés rencontrées par la municipalité pendant la période de Tabaski, malgré les campagnes de sensibilisation menées avec les associations et les organisations de la société civile. « Nous avons organisé plusieurs séances de sensibilisation pour encourager la population à signaler les déchets importants et à éviter de les jeter dans les espaces publics », indique-t-il.
Le maire de la Commune du 8ème arrondissement de N’Djaména précise également que des équipes des services d’assainissement ont été mobilisées afin de collecter les déchets abandonnés dans les différents quartiers. Selon lui, ces déchets seront centralisés dans des zones éloignées des habitations avant leur élimination sécurisée par incinération. Il appelle, par ailleurs, les citoyens à respecter les règles d’hygiène et à éviter de jeter les restes d’animaux à proximité des écoles, marchés, terrains de football et points d’eau, afin de prévenir la propagation des maladies.
Pour le directeur des études de l’Institut National de Santé Publique du Tchad, Dr Mahamat Fayiz Abakar, les déchets issus des animaux sacrifiés représentent un véritable danger sanitaire. « Tout déchet constitue un réservoir de bactéries et de parasites. Avec la chaleur et l’humidité, ces déchets favorisent la prolifération des mouches, des moustiques et autres vecteurs de maladies », explique le spécialiste.
Le médecin met également en garde contre les maladies zoonotiques transmissibles de l’animal à l’homme, notamment lorsque les animaux échappent au contrôle vétérinaire avant le sacrifice. Il recommande ainsi la mobilisation des inspecteurs vétérinaires durant la fête afin de contrôler l’état sanitaire des bétails destinés au sacrifice et d’orienter les populations en cas d’anomalies constatées sur la viande.
Dr Mahamat Fayiz Abakar conseille également aux ménages d’enterrer les déchets dans des fosses d’au moins 50 centimètres de profondeur ou de les brûler afin de limiter les risques de contamination. À travers ces mesures de prévention, les autorités municipales et les professionnels de santé espèrent réduire les risques sanitaires et préserver un environnement sain pour les populations de la capitale.
Ahmat Abakar Saleh












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