Tchad

Gouvernance territoriale : Les provinces de la zone méridionale évaluées

Les travaux de la mission d’évaluation de la gouvernance territoriale dans les provinces de la zone méridionale ont pris fin le vendredi 22 mai 2026, après trois journées d’échanges jugées « riches et constructives ». Conduite par le vice-premier ministre chargé de l’administration du territoire, Limane Mahamat, cette rencontre a réuni les délégués généraux du gouvernement auprès des provinces, les présidents des conseils provinciaux, les préfets, les maires des communes urbaines, les forces de défense et de sécurité ainsi que les parlementaires du Logone Occidental.

Durant ces assises, chaque province a présenté un état des lieux détaillé de sa situation administrative, institutionnelle, financière, sécuritaire, économique et sociale. L’objectif de cette mission est de s’assurer que les structures déconcentrées et décentralisées fonctionnent conformément aux orientations des plus hautes autorités de l’État, tout en dressant un diagnostic « sans complaisance » de la gestion territoriale.

Les participants ont notamment examiné les mécanismes locaux de prévention des conflits, les relations entre les autorités administratives et les forces de défense et de sécurité, ainsi que les difficultés institutionnelles, matérielles et financières auxquelles font face les administrations locales. Les responsables provinciaux ont fait état d’une situation relativement calme dans l’ensemble des provinces méridionales. Toutefois, plusieurs préoccupations ont été soulevées, notamment la persistance de la criminalité transfrontalière liée à la porosité des frontières avec les pays voisins.

Les autorités administratives ont également évoqué la circulation d’armes légères, la présence de groupes armés étrangers dans certains départements ainsi que les actes de grand banditisme, notamment les vols de bétail, les enlèvements contre rançon et les prises d’otages. Selon les participants, ces phénomènes affectent la libre circulation des personnes et des biens et perturbent les activités économiques. Malgré ces défis, les actions conjointes menées par les autorités administratives, les forces de défense et de sécurité et les populations locales ont permis plusieurs saisies d’armes de guerre, le démantèlement de groupes criminels ainsi que la libération d’otages. Les délégués généraux du gouvernement ont particulièrement attiré l’attention sur les conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs, aggravés par le non-respect des couloirs de transhumance, la pression démographique et l’occupation anarchique des terres. Ces affrontements constituent, selon les participants, une menace sérieuse pour la cohésion sociale dans les communautés rurales. Pour faire face à cette situation, plusieurs provinces ont mis en place des comités locaux de gestion et de prévention des conflits. Les responsables provinciaux ont déploré le manque de moyens financiers, de formation et d’encadrement.

Renforcer les moyens d’actions

Au plan institutionnel et financier, les représentants des provinces ont dénoncé l’insuffisance des moyens roulants, le déficit en ressources humaines qualifiées ainsi que le manque d’infrastructures et de moyens de communication adaptés. Ils ont également pointé du doigt les retards dans le versement des crédits de fonctionnement, qui compliquent l’exercice des missions des administrations territoriales. Les présidents des conseils provinciaux ont, pour leur part, présenté l’état d’avancement de la décentralisation. Ils ont reconnu certaines avancées grâce aux dotations financières et matérielles ayant permis l’installation des conseils provinciaux et communaux. Toutefois, ils ont insisté sur la nécessité d’assurer le versement régulier des dotations de l’État, la construction d’infrastructures administratives et l’adoption des textes d’application relatifs à la décentralisation.

Le vice-premier ministre chargé de l’administration du territoire Limane Mahamat a salué la qualité des échanges, la franchise des interventions et le sens des responsabilités des participants. Selon lui, cette mission a permis d’établir un bilan lucide de la gouvernance territoriale dans les provinces méridionales et d’identifier des pistes de solutions pour renforcer l’autorité de l’État, améliorer la gouvernance locale et préserver la stabilité sociale. Le Vice-premier ministre a insisté sur plusieurs orientations prioritaires. Dans le domaine sécuritaire, il a instruit les délégués généraux et les préfets à renforcer la veille sécuritaire, à intensifier les patrouilles et à transmettre régulièrement des rapports fiables à la hiérarchie. Il a également exigé une présence effective des autorités administratives dans leurs circonscriptions respectives, estimant que cette présence constitue une condition essentielle au maintien de l’ordre public et à la continuité du service public. Concernant les conflits agro-pastoraux, Limane Mahamat a appelé à renforcer les mécanismes locaux de médiation et à systématiser les concertations entre agriculteurs et éleveurs avant chaque campagne agricole et pastorale.

Makasra Addi

À propos de l'auteur

ATPE

Ajouter un commentaire

Cliquez ici pour poster un commentaire