Depuis le 28 février 2026, des frappes américano-israéliennes sur l’Iran ont bouleversé l’économie mondiale, et les pays en voie de développement paient le lourd tribut. Maoudonodji Gilbert, professeur en sciences politiques, fait le décryptage des conséquences de ce conflit sur l’Afrique et le Tchad, au cours d’une entrevue exclusive.
Un mois après l’éclatement de cette guerre, ses conséquences immédiates sur l’Afrique et le Tchad sont nombreuses et multidimensionnelles. Selon le Pr Maoudonodji Gilbert la conséquence est d’’abord la crise énergétique. « Vous savez que l’énergie joue un rôle fondamental dans l’économie mondiale, et en particulier le pétrole. Pour les pays africains qui sont importateurs de produits pétroliers, cela va avoir comme conséquence immédiate la flambée des prix du carburant à la pompe. Cela constitue, c’est une conséquence immédiate qui peut être ressentie au niveau des ménages, au niveau des consommateurs des pays qui ne sont pas producteurs, mais qui dépendent des importations du carburant et d’autres produits pétroliers sur le marché international », souligne-t-il.
Il évoque également le problème d’inflation au niveau des produits alimentaires qui sont inévitables si ce conflit perdure. « Parce que cette crise perturbe les chaînes d’approvisionnement maritime et aggrave l’insécurité alimentaire. L’exemple du blocage du détroit d’Ormuz, en est la preuve. Ce détroit représente un passage stratégique, non seulement pour les pétroliers, parce que 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole passent par ce détroit », éclaire-t-il. Selon lui, l’importation des intrants agricoles et des céréales des grands pays producteurs passent par ce détroit pour alimenter les marchés africains. « Il est difficile pour les navires, pour des raisons de sécurité, de passer par ce détroit. Cela va avoir comme conséquence que l’offre en matière d’intrants va se raréfier. L’offre en matière de céréales, notamment le blé et les autres produits agricoles qui alimentent le marché mondial et les marchés africains, va se rétrécir, et cela va avoir des conséquences inflationnistes. Le panier de la ménagère prendra un coup », analyse Pr Maoudonodji Gilbert.
Quels profits pour le Tchad ?
S’agissant du Tchad, l’expert souligne que « comme le Tchad est un pays producteur de pétrole, a priori, on peut considérer que la hausse des prix du pétrole sur le marché international va avoir comme avantage la hausse des revenus tirés de la vente du pétrole du Tchad. Les revenus budgétaires de l’État vont augmenter pour la simple raison que, si vous prenez le budget du Tchad de l’année 2026, les prévisions des recettes sont basées sur un baril à 65 dollars. C’est-à-dire que le Tchad a prévu de collecter les revenus provenant du pétrole sur la base de la vente d’un baril à 65 dollars. Aujourd’hui, le baril est vendu à 102 dollars. Il va y avoir un excédent supplémentaire pour le Tchad », renseigne-t-il.
Toutefois, la guerre au Moyen-Orient n’a pas seulement desimpacts positifs sur le Tchad, mais il y a aussi le côté négatif« Vous savez que le Tchad est un pays enclavé et que la plupart des produits manufacturés qui sont vendus au Tchadsont importés sur le marché international. Le fait que cette crise soit consécutive à la hausse du prix du baril sur le marché international pour les pays importateurs va également avoir des conséquences sur l’explosion de fabrication, des coûts de transport et d’exportation de la majorité de ces produits manufacturés, parce que les entreprises vont répercuter les coûts liés à l’énergie, qui est le principal facteur de production », explique-t-il.
Il recommande au gouvernement des mesures afin d’atténuer les impacts négatifs prévisibles, notamment la sécurisation de l’approvisionnement et des prix. « Pour pouvoir éviter ou régler les mesures inflationnistes, le gouvernement doitprocéder à des subventions ciblées, c’est-à-dire utiliser une partie des revenus supplémentaires. Il faut utiliser une partie de ces revenus supplémentaires pour subventionner les produits de première nécessité, notamment la farine, l’huile, le sucre et autres, ainsi que le prix à la pompe des produits pétroliers afin d’éviter l’explosion de l’inflation », détaille-t-il.
Pr Maoudonodji Gilbert met un accent particulier sur la diversification de l’économie. « Quand vous regardez la structure du budget de l’État, le pays dépend à plus de 60 % des revenus tirés de l’exportation du pétrole, ce qui l’expose négativement aux chocs exogènes. En cas de chute des prix, le Tchad n’a pas la possibilité d’atténuer ces chocs. Nous devons diversifier notre économie en favorisant les filières porteuses comme l’agriculture, l’élevage et autres, pouvant atténuer les chocs en cas de crise mondiale », conclut-il.
Blaise Djimadoum Ngarngoune












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