L’École Doctorale Lettres, Sciences Humaines et Sociales de l’Université de N’Djaména organise, du 21 au 23 mai 2026, un colloque international pluridisciplinaire. Cet événement rend hommage au Professeur Djarangar Djita Issa, décédé en avril 2024. Le thème central associe la valorisation des mémoires en Afrique aux mutations technologiques. Durant trois jours, les participants échangeront autour de 125 communications.
Le Professeur Djarangar Djita Issa a marqué l’histoire universitaire. Premier Tchadien inscrit comme professeur titulaire au Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES), il a dirigé l’École doctorale et exercé comme recteur de l’Université de Moundou. Il a obtenu son doctorat en 1989 à l’Université Grenoble III avec une thèse sur le Bédjonde. Il a consacré sa carrière à l’étude, à la classification et à la sauvegarde des langues locales. Son « Dictionnaire pratique du français du Tchad », publié en 2014, reste un ouvrage de référence sur les « Tchadismes ».
Lors de l’ouverture, le Dr Ali Moussa, Président du Comité d’Organisation par ailleurs chef de département de Sciences du langage, a rappelé la portée de cette rencontre : « Ce colloque s’inscrit dans une volonté de reconnaissance académique, mais aussi dans une démarche de réflexion collective sur les enjeux contemporains liés à la mémoire, aux langues, aux patrimoines culturels et aux transformations numériques. »
Le Pr Mahamat Saleh Daoussa Haggar, président de l’Université de N’Djaména, a souligné l’engagement du défunt pour l’égalité d’accès à la recherche. Il a rappelé que le professeur a encadré seul dix thèses de doctorat, toutes soutenues par des femmes. Le recteur a partagé les derniers mots du scientifique : « Monsieur le Président, j’ai accompli ma mission. » Pour perpétuer sa vision, l’université propose la création du « Prix Professeur Djarangar Djita Issa de l’Excellence Doctorale ». Chaque année, ce prix sera décerné au meilleur doctorant, à la meilleure thèse en Sciences Humaines et Sociales ou à la meilleure recherche sur les langues, patrimoines et mémoires africaines.
Le Pr Ndoutorlengar Médard, directeur de l’école doctorale Lettres Sciences Humaines et Sociales a prononcé la leçon inaugurale. Successeur du défunt à l’École doctorale, il a replacé les travaux de linguistique dans un contexte global. Selon lui, la langue porte la mémoire des peuples et structure les imaginaires collectifs. Il a affirmé : « La mort physique du Professeur Djarangar Djita Issa n’a pas mis fin à son influence. En termes de mémoire collective, son nom et ses actions restent gravés dans le souvenir de ceux qui l’ont connu. »
Le colloque rassemble de nombreuses délégations étrangères. Les témoignages des anciens collègues et des étudiants confirment l’impact de son encadrement. Le Pr Mamadi Robert, maître de conférences CAMES et ensiegnant chercheur responsable de Master Lettres Modernes a déclaré : « Se réunir ici à Toukra pour revisiter son œuvre, c’est non seulement un devoir de mémoire, mais c’est aussi poser les jalons de l’avenir de nos universités. Il a tracé la voie en montrant qu’on peut faire de la science de très haut niveau à partir de nos réalités endogènes. »
Le suivi des doctorants constituait une priorité pour le linguiste. Le Dr Fatimé Pamdégué, maître assistante CAMES et directrice des affaires académiques, est l’une des dix femmes docteures formées par le professeur. Elle a témoigné avec émotion : « Il a été mon directeur de thèse, et je fais partie de ces dix femmes qu’il a encadrées jusqu’au bout, avec beaucoup de rigueur, beaucoup de patience. Pour nous, c’était plus qu’un enseignant, c’était un père. »
Le Professeur Djarangar Djita Issa a co-réalisé une étude sociolinguistique pour intégrer quinze langues nationales dans le système éducatif. L’université tchadienne conserve ainsi les fondations de son excellence. Les débats se poursuivent dans les facultés. Les débats se poursuivent à la Faculté des Langues, Lettres, Arts et Communication jusqu’au 23 mai.
Streve Dinguemtog (stagiaire)












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