Chaque année, le 9 juin est célébrée la Journée internationale des archives. Pour l’édition 2026, le thème retenu est : « Archives pour la justice : droits, mémoire et avenirs ». À cette occasion, L’Info s’est entretenu avec Djasrangar Namdjigar, gestionnaire et secrétaire général du Centre d’Étude et de Formation pour le Développement (CEFOD) sur l’importance des archives et les défis de leur gestion au Tchad.
L’Info : En quoi la conservation des archives est-elle utile ?
Djasrangar Namdjigar : Avant d’aborder la question de leur conservation, il convient de rappeler ce que sont les archives. Les archives regroupent l’ensemble des documents, quels que soient leur forme, leur date ou leur support, produits ou reçus par une personne ou une institution dans le cadre de ses activités. Elles ne se limitent pas à de simples informations. Elles constituent les traces des actions, des décisions et des relations d’une institution avec ses partenaires, ou encore de la vie d’une personne. Par exemple, les archives personnelles comprennent l’acte de naissance, les diplômes, les contrats de travail ou tout autre document attestant du parcours d’un individu. Pour les institutions, elles regroupent les correspondances administratives, les rapports, les contrats, les procès-verbaux et les décisions officielles. La conservation des archives est donc essentielle. Elle permet de préserver la mémoire individuelle et institutionnelle, de garantir les droits des personnes et des organisations, et d’apporter des preuves en cas de litige ou de besoin administratif. Elle constitue également une source précieuse d’information pour la gestion, la recherche et la transmission du patrimoine documentaire aux générations futures.
Quelle appréciation faites-vous de la gestion des archives personnelles et administratives au Tchad ?
La gestion des archives demeure un enjeu majeur au Tchad. Les événements de 2008 en ont fourni une illustration concrète. À cette période, de nombreux citoyens ont été appelés à prouver la propriété de leurs biens à travers des documents justificatifs tels que les factures, les reçus ou les titres fonciers. De même, l’établissement d’un lien de filiation nécessite la présentation d’un acte de naissance. Les administrations publiques, quant à elles, doivent pouvoir s’appuyer sur des documents officiels pour justifier leurs décisions, leurs actions et leurs responsabilités. Ces situations démontrent que les archives jouent un rôle fondamental dans la protection des droits des citoyens, l’accès à la justice et le bon fonctionnement des institutions.
Quelles sont les contraintes liées à la conservation des archives ?
La conservation des archives se heurte à plusieurs difficultés. Parmi les principales contraintes figurent le manque d’infrastructures adaptées, l’insuffisance des équipements et des ressources financières, ainsi que le déficit de personnel qualifié dans le domaine l’archivistique. À cela s’ajoutent les mauvaises conditions de stockage qui exposent les documents à l’humidité, à la chaleur, aux insectes et à d’autres facteurs de détérioration. Ces défis compromettent la préservation durable des archives et limitent leur accessibilité.
En tant qu’archiviste, comment votre métier est-il perçu par la société ?
Au Tchad, certaines personnes considèrent encore, à tort, que le métier d’archiviste est une fonction secondaire ou destinée à ceux qui n’ont pas réussi dans d’autres domaines. Pourtant, cette perception ne reflète pas la réalité. L’archiviste joue un rôle essentiel dans la gestion de l’information, la préservation de la mémoire collective et la sécurisation des documents stratégiques. Grâce à son travail, les institutions peuvent retrouver rapidement les informations dont elles ont besoin, assurer la continuité administrative et protéger les droits des citoyens. L’archivistique est donc une profession indispensable au développement des organisations et à la sauvegarde du patrimoine documentaire national.
Quels conseils donneriez-vous aux institutions publiques et aux particuliers pour une meilleure gestion de leurs archives ?
Je recommande aux institutions publiques comme aux particuliers de mettre en place un système de classement rigoureux des documents, fondé sur des catégories, des références ou des numéros clairement identifiés. Les dossiers doivent être conservés dans des classeurs, des boîtes ou des supports adaptés afin de faciliter leur consultation et leur préservation. Il est également important de procéder progressivement à la numérisation des documents les plus importants afin de limiter les risques de perte. Par ailleurs, les archives doivent être conservées dans des locaux sécurisés, bien aménagés et répondant aux normes de conservation. Une bonne gestion des archives constitue un investissement indispensable pour préserver la mémoire, protéger les droits et défendre les intérêts des individus comme des institutions.
Propos recueillis par Hassaballa Ahmat Khamis












Ajouter un commentaire