Au quartier Dembé, dans le 7ème arrondissement, l’artisane Khalié Abba Ousmane, s’impose comme une figure emblématique de l’artisanat en cuir. Dès son plus jeune âge, elle a forgé son destin autour de cette passion transmise par sa mère.
« Quand j’étais petite, je voyais ma maman confectionner et vendre des objets en cuir, sacs, ceintures, porte-clés, entre autres. Chaque fois qu’on avait besoin d’argent, c’était grâce à son commerce qu’elle nous aidait. Je me suis alors dit : si mon papa passe ses journées au travail et qu’on ne voit rien de lui, pourquoi irais-je à l’école ? je ne savais pas qu’il passe la journée dans son atelier et que maman avait appris de lui ». C’est ainsi que Khalié Abba Ousmane a abandonné ses études et s’est lancé dans les fabrications des objets en cuir.
À huit ans, khalié Abba Ousmane maîtrise déjà la fabrication des porte-clés et des portemonnaies. Sa curiosité et son habileté naturelle lui permettent d’élargir progressivement ses compétences. « J’ai appris à fabriquer des sacs, des coussins, des ceintures, des porte-passeports et plein d’autres objets. Chaque nouvelle création est une étape de plus dans mon apprentissage »
Au départ, elle travaille exclusivement avec la peau de bœuf et de mouton, qu’elle jugeait plus faciles à manipuler. Mais aujourd’hui, Khalié Abba Ousmane est une experte capable de transformer toutes sortes de peaux en véritables objets d’art. « Maintenant, je travaille sur toutes les peaux. Il n’y a plus de limites à ce que je peux faire », se confie-t-elle
Cette passion s’est accompagnée de sacrifices et défis, notamment sur le plan personnel. « Mes deux premiers prétendants m’ont quittée à cause de mon métier. Le premier m’a abandonnée dès qu’il a su ce que je faisais ce travail et le second, c’est sa famille qui a refusé, disant qu’une fille qui travaille la peau n’est pas digne d’être épousée ».
Malgré tout, Khalié Abba Ousmane, reste fidèle à son métier, encouragée par ses parents. Finalement, elle finit par se marier à un employé de l’atelier familial et poursuit son ascension. « Mon histoire a servi de leçon à mon père. Grâce à moi, toutes mes petites sœurs se sont lancées dans l’artisanat du cuir, » a-t-elle laissé entendre.
Les efforts de Khalié A. Ousamane et son talent lui ont permis d’acquérir une indépendance financière. « Lors de mon mariage, j’ai équipé ma maison avec des meubles modernes. Les voisins étaient surpris de voir que ma maison ressemblait à celle d’une fille de ministre. Mes parents ont gardé mon argent pour moi et m’ont permis de démarrer ma vie avec dignité, » se réjouit Khalié Abba Ousmane.
Actuellement, Khalié Abba Ousmane est une référence dans son domaine. Elle s’est formée ensuite au Maroc, elle continue d’innover. « Cette formation m’a permis de réaliser des créations que peu de gens savent faire ». Avec cinq enfants, dont deux suivent déjà ses pas dans l’artisanat, Khalié Abba Ousmane est un exemple vivant de persévérance et d’autonomie. « Je ne manque de rien et j’arrive à subvenir à mes besoins grâce à mon travail. L’artisanat m’a tout donné », exprime-t-elle sa fierté.
Parmi les membres de la famille, Mariam Abba Ousmane, petite-fille de Abba Ousmane, incarne une nouvelle génération d’artisanes de cuir, héritière d’un savoir-faire traditionnel, mais tournée vers l’innovation. Contrairement à sa maman qui a quitté l’école très tôt pour se consacrer entièrement au métier, Mariam Abba Ousmane a grandi dans un contexte différent. Elle a vu le combat de sa maman, les critiques, les sacrifices, mais aussi les réussites. Cela a changé sa perception. « Moi, j’ai eu la chance de voir le chemin tracé par ma mère. Elle nous a ouvert la voie. Grâce à elle, notre grand-père a compris que l’artisanat peut offrir un avenir digne à une fille ».
Très jeune, Mariam Abba Ousmane, s’initié à la fabrication des porte-clés et des porte-monnaie. Mais son approche est différente. Elle aime expérimenter, mélanger les couleurs, associer cuir et tissus modernes, jouer avec les formes. « Je veux garder la tradition, mais je veux aussi que nos produits plaisent aux jeunes ».
Zara Sakawa Abba-Meï












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