Dans un petit atelier du quartier Kassaï, situé dans le 3 ème arrondissement de la ville de Sarh, les perles connaissent une seconde vie. Rouges, jaunes, vertes, blanches ou noires, elles glissent entre les doigts habiles de Krata Koulngar Eugénie. Malgré un handicap aux deux jambes, elle travaille avec passion, patience et précision. Elle confectionne des colliers, des sacs, des chaussures ainsi que divers accessoires décoratifs à base de perles.
Pour Krata Koulngar Eugénie, ces créations sont bien plus que de simples objets artisanaux. «En faisant cela, je me dis que je contribue à préserver l’héritage culturel africain et que j’offre des perspectives aux jeunes, notamment aux filles, aux orphelins et aux personnes vulnérables», explique-t-elle.
Titulaire d’une licence en Finance et Contrôle de gestion, obtenue en 2012 à Cotonou, après un parcours scolaire effectué à Sarh, chef-lieu de la province du Moyen-Chari, elle aurait pu poursuivre une carrière prometteuse dans les finances. Mais l’appel de l’art a finalement été plus fort.
Fille d’une couturière du centre artisanal de Sarh, elle grandit dans un environnement créatif. C’est lors de son séjour au Bénin qu’elle découvre l’univers de la perle et décide d’en faire non seulement un métier, mais aussi une véritable passion. De retour à Sarh en 2013, elle lance son atelier baptisé EuroKoul Art. D’abord installé à son domicile, dans le quartier Blablim, l’atelier trouve ensuite un local au quartier Kassaï. Son objectif est clair : moderniser l’usage des perles tout en respectant leur signification traditionnelle.
Dans plusieurs cultures africaines, explique-t-elle, les perles occupent une place importante. Elles interviennent dans certains rites, symbolisent l’identité et accompagnent différentes étapes de la vie. Krata Koulngar Eugénie choisit donc d’adapter cet héritage africain aux goûts actuels, en créant des articles modernes tout en restant fidèles à leurs racines culturelles.
Au début, son activité attire peu de clients. Certains hésitent, d’autres découvrent progressivement son travail. Aujourd’hui, elle reçoit des commandes pour la décoration des résidences et bureaux, ainsi que pour certains mariages et baptêmes. Mais au-delà de la vente, la formation occupe une place centrale dans son engagement. Depuis l’ouverture de son atelier, elle affirme avoir formé 181 jeunes, parmi lesquels des élèves, des étudiants, des réfugiés et des enfants inscrits pendant les vacances scolaires.
Les revenus restent toutefois irréguliers. Selon les périodes, les recettes varient entre 20 000 et 50 000 F CFA par mois, lorsque les ventes sont au rendez-vous. Les charges, notamment le loyer et l’achat des perles souvent importées du Nigeria ou d’autres pays d’Afrique de l’Ouest pèsent lourdement sur son activité. «Je suis en location. Les recettes que nous gagnons servent souvent à payer le loyer. Le gouverneur sortant, Ousmane Brahim Djouma, nous avait promis une salle au Palais des Arts et de la Culture Ngarta Tombalbaye de Sarh pour nous aider à surmonter certaines difficultés. Malheureusement, cette promesse est restée lettres mortes. Alors, nous continuons à nous débrouiller», confie-t-elle.
Elle ambitionne également de vendre elle-même la matière première sur place afin de faciliter l’accès aux perles pour les jeunes qu’elle forme. Malgré les difficultés et les promesses non tenues, Krata Koulngar Eugénie poursuit son combat avec détermination. Elle continue d’enseigner gratuitement les jeunes filles et les personnes en situation de précarité, afin de leur permettre d’apprendre un métier et d’avoir progressivement leur autonomie.
Gabriel Ngaba Dieudonné,
correspondant du Moyen Chari












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