Sur le tatami, Carine Ngarlemdana affiche un calme olympien. Regard fixé, posture droite, respiration maîtrisée, la judokate tchadienne entre dans le combat avec une concentration qui tranche avec son sourire réservé hors des compétitions. À force de discipline et d’abnégation, elle s’est imposée comme l’un des visages féminins du judo tchadien.
Carine Ngarlemdana a découvert le judo à l’âge de 5 ans. Conduite par son père sur les tatamis, lui-même grand sportif et maître de judo, ce dernier lui transmet très tôt l’amour du combat, de la discipline et du dépassement de soi. Ce qui était au début un jeu d’enfance, devient rapidement une vocation. Depuis lors, elle n’a jamais quitté le kimono. Née dans une famille profondément ancrée dans les valeurs du sport, Carine Ngarlemdana grandit dans un environnement où l’effort et la persévérance sont des principes. Soutenue et encouragée par les siens, elle apprend à transformer chaque obstacle en source de motivation. Toutefois, son parcours n’a pas été un long fleuve tranquille. En 2010, alors que sa carrière prenait un tournant décisif, deux bourses s’offrent à elle : une olympique sportive tchadienne axée sur le sport-études, et une autre de l’Union africaine de judo, entièrement dédiée à la pratique sportive. Sa fédération opte pour la seconde, invoquant une « bourse de famille », et garde le silence sur l’existence de l’autre opportunité. Une décision lourde de conséquences.« J’ai rencontré tant de difficultés dans ma carrière. Le choix de la fédération n’était pas le mien, car ma préférence était la bourse sport-études. Cela m’a un peu découragée au départ, mais avec le temps j’ai dû m’adapter », détaille-t-elle.
Un riche palmarès
Envoyée dans un centre de préparation en Algérie, elle y séjourna pendant deux ans (2010 à 2012). Deux années intenses, consacrées exclusivement au judo, mais au prix d’un sacrifice majeur : les études. Alors en classe de Terminale, en pleine préparation du baccalauréat, elle se retrouve privée de ce parcours scolaire essentiel afin de poursuivre sa passion. Dans des conditions d’entraînement difficiles, voyageant parfois sans frais de mission et faisant face à plusieurspromesses restées sans suite, elle garde toujours un mental de fer. Carine Ngarlemdana n’a pas renoncé à l’amour qu’elle a pour le sport. C’est dans ce contexte exigeant qu’elle réalise l’exploit de décrocher sa qualification pour les Jeux olympiques d’été de Londres en Angleterre en 2012. Une consécration qui récompense des années d’efforts silencieux et de sacrifices consentis loin des projecteurs. L’histoire de cettejudokate est celle d’une battante avec 27 médailles dont 2 trophées. Une athlète qui, malgré les obstacles institutionnels et les difficultés matérielles, n’a jamais cessé de croire en son rêve olympique. Aujourd’hui encore, elle poursuit son chemin sur les tatamis avec la même détermination que lorsqu’elle avait cinq ans, portée par sa passion intacte et le soutien indéfectible de sa famille.
Plus qu’un parcours sportif, l’itinéraire de Carine Ngarlemdana est un témoignage de résilience, de courage et d’engagement. C’est celui surtout d’une judokate qui a appris très tôt que les plus grands combats ne se livrent pas seulement sur le tatami.
Alladigba Donatien












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