À l’hôpital provincial de Mao, les cris des nouveau-nés se mêlent parfois aux larmes des familles. La maternité reçoit quotidiennement des cas compliqués venus des districts les plus reculés. Le personnel soignant travaille sous pression permanente.
Urgences obstétricales, manque de personnel qualifié et difficultés de prise en charge constituent le combat de tous les jours pour sauver les mères et les enfants. «Nous recevons beaucoup de complications parce que c’est un hôpital provincial », explique Mariam Issa Abdoulaye, responsable de la maternité. Selon elle, le service accueille parfois entre 10 et 15 accouchements par jour dont plusieurs cas critiques référés après des heures de trajet depuis les villages.
Mais derrière ces chiffres se cache une réalité plus sombre : les décès maternels. La sage-femme raconte avec émotion les derniers drames enregistrés dans le service. « Il n’y a pas encore trois jours, nous avons perdu quatre femmes. C’est très choquant », confie-t-elle.
A en croire Mariam Issa Abdoulaye, la plupart des victimes arrivent dans un état déjà critique après des complications mal prises en charge dans les centres périphériques ou après un recours aux traitements traditionnels. Certaines femmes passent plus de 48 heures dans des structures éloignées avant d’être transférées à Mao. « Les trois derniers cas étaient des références venues des districts. Une autre femme admise ici s’est évadée pour essayer un traitement traditionnel avant de revenir ici dans un état encore grave », précise-t-elle.
Le problème de la gratuité des soins d’urgence aggrave davantage la situation. À la maternité, même les produits poursauver une femme en hémorragie, ils doivent toujours être achetés par les familles avant la prise en charge. « Si les parents n’ont pas l’argent immédiatement, on attend. Pourtant, à la maternité, juste deux heures de retard peuvent coûter une vie », déplore la responsable. Face à ces situations, certaines sages-femmes puisent parfois dans leurs propres moyens pour acheter des médicaments d’urgence afin de sauver des patientes.
Au-delà des décès maternels, la province fait également face à une forte vulnérabilité infantile. Le chargé de programme élargide vaccination (PEV), Abdelkerim Mbodou Taher, souligne que l’absence de spécialistes fragilise gravement la prise en charge des enfants.
Pour une population estimée à plus de 600.000 habitants, la province ne dispose ni de gynécologue, ni de pédiatre, ni de chirurgien. Les cas graves sont souvent référés à N’Djaména. «Nous avons beaucoup de cas compliqués mais aucun pédiatre. L’unité nutritionnelle thérapeutique est gérée par des médecins généralistes appuyés par des infirmiers », explique-t-il.
La province a également enregistré plusieurs flambées de rougeole cette année. Entre janvier et mai, une cinquantaine de cas ont été recensés dans différents districts sanitaires malgré les taux de couverture vaccinale élevés. Selon les responsables sanitaires, plusieurs villages restent difficilement accessibles et certains enfants échappent encore à la vaccination.
Dans ce contexte difficile, l’UNICEF apparaît comme l’un des principaux soutiens du système sanitaire provincial. Grâce à son appui, plusieurs sages-femmes ont été déployées dans les structures de santé afin de renforcer les équipes sur le terrain. « L’UNICEF a mis à notre disposition dix sages-femmes prises en charge à travers les partenaires », souligne Abdelkerim MbodouTaher. L’organisation a également contribué à la formation du personnel sanitaire sur la consultation prénatale recentrée, la méthode kangourou, la nutrition ou encore les soins obstétricaux.
Sur le plan matériel, l’UNICEF fournit des médicaments, des intrants nutritionnels, des équipements médicaux ainsi que des kits solaires permettant aux centres de santé de fonctionner la nuit. « Grâce aux installations solaires, les centres peuvent continuer les accouchements et les soins même la nuit », explique-t-il. L’UNICEF a aussi participé à la réhabilitation de certains centres de santé, à la construction de latrines et au renforcement de la communication communautaire pour sensibiliser les populations à fréquenter davantage les structures sanitaires.
Malgré ces efforts, les autorités sanitaires estiment que les besoins restent immenses. Elles plaident pour davantage de spécialistes, des médicaments d’urgence gratuits pour les maternités et un renforcement des moyens logistiques afin d’éviter que des femmes et des enfants continuent de mourir faute de soins rapides.
Man-Ya Allah Gisèle












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