Parmi les 12 chantiers structurants du programme politique du président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, le Chantier III, intitulé « Promouvoir un État solidaire pour tous », figure parmi les plus sensibles. Il touche directement aux préoccupations des populations vulnérables, à la cohésion nationale ainsi qu’à l’accès équitable aux services sociaux de base. Deux ans après le début du septennat, quel bilan peut-on dresser de la mise en œuvre de cette politique de solidarité nationale ?
Dans son projet de société intitulé « Mon projet pour le Tchad », présenté le 25 avril 2024, lors du lancement officiel de sa campagne présidentielle, le Chef de l’État a placé la solidarité au cœur de l’action publique. « Nous voulons bâtir un Tchad où la solidarité est la norme et où chaque Tchadien participe à la construction d’un pays où la compassion et l’entraide sont les valeurs fondamentales : un pour tous, tous pour un ! », déclarait-il.
Cette ambition s’est traduite par plusieurs engagements majeurs, notamment la création d’un Fonds national de solidarité, la promotion de l’économie sociale et solidaire, le renforcement des réseaux communautaires, la consolidation de la cohésion intercommunautaire, la gratuité des soins liés à l’accouchement, l’amélioration des pensions des retraités ainsi que la gratuité de l’enseignement pour les personnes en situation de handicap.
Un Fonds national de solidarité encore peu visible
L’une des mesures phares du programme réside dans la création d’un Fonds national de solidarité destiné à soutenir les populations vulnérables dans les domaines de la santé, de l’éducation, du logement et de l’emploi, conformément à l’action 21 du programme politique. Selon le chronogramme officiel, ce fonds devait être opérationnel dès les deux premières années du mandat. Sur le terrain, certains mécanismes institutionnels commencent progressivement à prendre forme, notamment à travers des projets de filets sociaux productifs et adaptatifs soutenus par des partenaires internationaux.
À travers l’action 22, le programme politique prévoit également un soutien accru aux coopératives, associations et petites entreprises communautaires afin de stimuler l’emploi local et les initiatives de développement à la base. Dans plusieurs provinces, des groupements féminins, des coopératives agricoles et diverses initiatives locales ont bénéficié d’appuis techniques et financiers grâce à l’action conjointe de l’État et des partenaires au développement. Par ailleurs, l’une des innovations majeures annoncées, à savoir la création d’une banque de solidarité dotée d’une autonomie de gestion, est en cours de matérialisation à l’échelle nationale.
Le renforcement des réseaux communautaires
Le renforcement des réseaux de solidarité locale constitue également un axe central du programme, conformément à l’action 23. L’objectif est de mettre en place des comités communaux et des associations communautaires capables d’identifier et de résoudre les problèmes sociaux à la base.Dans plusieurs localités, des initiatives communautaires émergent autour de la médiation sociale, de l’entraide locale et de la gestion communautaire des crises. Certaines communautés disposent déjà d’organisations fonctionnelles, tandis que d’autres attendent encore un véritable accompagnement institutionnel.
L’action 24 s’inscrit dans un contexte régional marqué par les tensions communautaires, les déplacements de populations et les crises sécuritaires. Le gouvernement entend ainsi renforcer les mécanismes de dialogue, de médiation et de réconciliation.
Depuis le début du mandat, plusieurs campagnes de sensibilisation en faveur de la paix et de la cohésion sociale ont été organisées dans certaines provinces. Des cadres de dialogue intercommunautaire ont également été soutenus avec l’appui des autorités administratives, religieuses et traditionnelles.
Malgré ces efforts, les défis demeurent considérables. Les conflits liés aux ressources naturelles, à la transhumance ainsi qu’aux tensions locales continuent de fragiliser le tissu social dans plusieurs régions du pays. La réussite de cette politique dépendra fortement de la capacité des autorités à institutionnaliser des mécanismes locaux efficaces de prévention et de gestion des conflits.
Gratuité des accouchements, une mesure sociale majeure
Parmi les engagements emblématiques du Chantier III figure également la gratuité des accouchements et des premiers soins après la naissance, conformément à l’action 25. Cette mesure vise à réduire la mortalité maternelle et néonatale tout en améliorant l’accès des femmes aux soins obstétricaux. Dans plusieurs structures sanitaires, des progrès sont observables grâce à l’appui de partenaires tels que UNICEF, notamment dans l’amélioration des services de maternité, la disponibilité des intrants médicaux et le renforcement des capacités du personnel de santé.
D’un côté, la volonté politique affichée en faveur de la solidarité nationale demeure perceptible à travers plusieurs initiatives sociales engagées par le gouvernement et ses partenaires. De l’autre, les contraintes budgétaires, les inégalités territoriales et les défis de gouvernance ralentissent parfois la concrétisation des ambitions annoncées.
Les cinq prochaines années seront déterminantes pour transformer les engagements sociaux du programme présidentiel en résultats tangibles pour les populations.
Man-Ya Allah Gisèle












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