Médias Tchad

Liberté de la presse : Les médias tchadiens face au défi de la crédibilité

L’Union des Journalistes Tchadiens (UJT), en collaboration avec les organisations professionnelles des médias et les autorités publiques, a tenu le samedi 02 mai 2026, dans la salle rouge de l’ONAMA, un panel de haut niveau consacré aux défis contemporains du journalisme. Cette rencontre, organisée dans le cadre de la Semaine nationale de la liberté de la presse couplée à la 33e Journée mondiale de la liberté de la presse célébrée chaque 3 mai, a réuni journalistes, universitaires, acteurs de la société civile, représentants institutionnels et partenaires du secteur.

Au cœur des échanges : la désinformation, les discours de haine, les manipulations informationnelles et les mutations technologiques qui redessinent en profondeur le paysage médiatique. Dès l’ouverture, le président de l’UJT, Abbas Mahamoud Tahir, a posé les termes du débat. Pour lui, la liberté de la presse dépasse largement le cadre corporatiste. « Elle est un droit fondamental du citoyen. Sans liberté de la presse, il ne peut y avoir ni démocratie véritable, ni transparence, ni participation citoyenne éclairée », a-t-il déclaré.

Malgré certaines avancées, la réalité du terrain reste préoccupante. Les professionnels des médias évoluent dans un environnement souvent contraignant, entre précarité économique, accès limité à l’information et pressions diverses. « Les journalistes continuent d’exercer leur métier dans des conditions difficiles », a-t-il reconnu.

Prenant la parole sur le thème de la gestion des conflits, Gassim Cherif Mahamat, ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, a mis l’accent sur la rigueur dans le traitement de l’information. « Il faut recouper les sources, les croiser pour pouvoir livrer une information vraie », a-t-il insisté. Dans un contexte de tensions communautaires et frontalières, il a rappelé que le rôle du journaliste ne se limite pas à rapporter des faits, mais implique une responsabilité directe dans la préservation de la cohésion sociale.

Une profession prise entre exigences éthiques et réalités du terrain

Intervenant sur la question de l’indépendance des médias, Belngar Larmé Jacques, président de la Commission nationale des Droits de l’Homme (CNDH), a insisté sur la posture que doit adopter le journaliste en situation de conflit. « On est obligé d’être neutre, observer strictement l’indépendance, rester au-dessus de la mêlée », a-t-il affirmé.

De son côté, Laldjim Narcisse, analyste politique et représentant de Reporters sans Frontières au Tchad, a rappelé la dimension éthique du métier. Le journaliste, a-t-il expliqué, doit rester « la voix des sans-voix », tout en conservant une posture de médiateur. Dans un environnement saturé d’informations, il devient essentiel de privilégier l’analyse, la pédagogie et la contextualisation, plutôt que la simple restitution des faits.

La question économique s’est également invitée dans les débats. Secka Nartamadji Assingar Isabelle, ancienne directrice général de l’Agence Tchadienne de Presse et d’Edition, a attiré l’attention sur la fragilité financière des médias. « La dépendance économique peut fragiliser l’indépendance éditoriale », a-t-elle prévenu. À l’ère du numérique, elle estime indispensable de repenser les modèles économiques afin d’assurer la viabilité des organes de presse sans compromettre leur autonomie. Dans la même veine, Halimé Assadya Ali, présidente de la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA), a appelé à une prise de responsabilité accrue des promoteurs de médias. « On ne crée pas une entreprise pour attendre que l’État vienne la faire fonctionner », a-t-elle lancé. Si elle reconnaît l’utilité de l’aide publique, elle considère qu’elle ne saurait constituer une solution durable. La clé réside, selon elle, dans une meilleure organisation interne et une professionnalisation renforcée des rédactions.

Sikngaye Tamaltan Inès

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