Face aux défis liés à la qualité des infrastructures et à l’exercice illégal du métier d’ingénieur civil, Saleh Ali Fadoul, dans une interview exclusive à l’Info, explique les missions, les ambitions et les combats de l’Ordre National des Ingénieurs Civils du Tchad. Entre encadrement de la profession, sécurité des ouvrages et valorisation des compétences nationales, l’organisation entend jouer un rôle central dans le développement durable du Tchad.
L’Info : Pourquoi avoir créé un Ordre National des Ingénieurs Civils du Tchad ?
Saleh Ali Fadoul : L’Ordre National des Ingénieurs Civils du Tchad (ONIC-T) a été créé pour organiser et encadrer l’exercice de la profession d’ingénieur civil au Tchad. Face aux nombreux défis liés à la qualité des infrastructures, à la sécurité des ouvrages et à la montée de l’exercice illégal de la profession, il était devenu indispensable de mettre en place une institution capable de réglementer le métier et de protéger l’intérêt public. L’ONIC-T a été institué par le Décret n°1612/PR/MATDHU/2019 portant organisation de la profession et création de l’Ordre National des Ingénieurs Civils du Tchad. Ce décret découle de la loi 004/PR/2010 fixant les principes fondamentaux applicables en matière de construction.
Quels sont les objectifs de votre organisation ?
Les objectifs de l’ONIC-T sont multiples. D’abord, nous voulons assurer une meilleure organisation de la profession d’ingénieur civil au Tchad. Cela passe par l’inscription obligatoire au tableau de l’Ordre pour exercer légalement, que les ingénieurs soient nationaux ou expatriés, cela concerne également les bureaux d’études et de contrôle. Ensuite, nous travaillons à promouvoir la qualité des ouvrages et des infrastructures, défendre l’éthique et la déontologie du métier, lutter contre l’exercice illégal de la profession, accompagner les pouvoirs publics dans les questions techniques liées au BTP (Bâtiment et Travaux Publics). L’ordre entend aussi renforcer les capacités des ingénieurs à travers des formations, conférences et colloques, valoriser les ingénieurs tchadiens et favoriser leur insertion dans les grands projets nationaux. Le décret créant l’ONIC-T précise notamment que l’Ordre doit défendre la dignité de la profession, promouvoir la formation et contribuer au développement du pays.
Les membres sont-ils tous des ingénieurs de travaux publics ou issus aussi d’autres domaines ? En quoi votre regroupement est-il différent des autres ?
Les membres de l’ONIC-T sont uniquement des ingénieurs dans le domaine du Génie civil, Génie Rural, Hydraulique et des Equipements. Les autres secteurs de l’ingénierie comme le Génie Mécanique, les mines et géologie, le Pétrole, l’informatique, ne font pas partie de notre organisation. Nous ne sommes pas une association. Nous sommes une organisation professionnelle comme les autres ordres (ordre des architectes, ordre des médecins, ordre des pharmaciens, ordre des experts comptables, ordre des avocats,) reconnue par l’État, investie d’une mission de service public pour réglementer l’exercice de la profession d’ingénieur civil au Tchad.
Qu’est-ce que la population peut bénéficier de la présence de l’Ordre ?
La population est la première bénéficiaire de l’existence de l’ONIC-T. Quand les projets sont conçus et suivis par des ingénieurs qualifiés et régulièrement inscrits au tableau de l’Ordre, cela garantit des constructions plus sûres, des routes plus durables, une meilleure qualité des bâtiments, une réduction des risques d’effondrement, une meilleure protection des investissements publics et privés. L’Ordre contribue aussi à sensibiliser sur le respect des normes techniques et à promouvoir la responsabilité professionnelle.
Quels sont vos rapports et affiliations à l’international ?
L’ONIC-T développe progressivement des relations avec plusieurs institutions et ordres professionnels à l’international, notamment dans la sous-région africaine. Nous travaillons au renforcement de la coopération avec d’autres ordres d’ingénieurs afin de partager les expériences, harmoniser les pratiques professionnelles, renforcer les capacités des ingénieurs tchadiens, promouvoir la reconnaissance des compétences nationales. L’ONIC-T est affilié à la FAEO (The Federation of African Engineering Organizations), La Fédération des Organisations Africaines d’Ingénieurs. Nous sommes également en cours d’affiliation au FIDIC AFRICA, Fédération Internationale des Ingénieurs-Conseils.
Quels sont vos défis, difficultés et perspectives ?
Nos principaux défis aujourd’hui concernent l’application effective des textes réglementaires, la lutte contre l’exercice illégal de la profession, la sensibilisation des acteurs publics et privés, le renforcement des compétences techniques. Mais malgré ces difficultés, les perspectives sont encourageantes. Nous ambitionnons de renforcer la présence de l’ONIC-T dans toutes les provinces, d’améliorer la formation continue des ingénieurs, d’accompagner les grands projets structurants du pays, de promouvoir davantage les compétences nationales et de contribuer activement au développement des infrastructures durables au Tchad.
Propos recueillis par Payang Passoret












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