Au Tchad, la malnutrition aiguë demeure une urgence de santé publique, touchant particulièrement les enfants de moins de cinq ans. Si ses effets physiques sont bien connus, ses conséquences sur le développement psychologique des enfants restent encore largement sous-estimées.
Dans plusieurs quartiers de N’Djaména, comme à Nguéli, le témoignage des familles illustre la réalité quotidienne. Dande Angèle, mère de deux enfants, raconte son expérience douloureuse « Mon second enfant souffrait de la malnutrition. Après sa naissance, je n’avais pas les moyens d’acheter du lait, et moi-même j’avais des problèmes de santé qui empêchaient de l’allaiter normalement. J’ai dû lui donner de la bouillie très tôt. Il est tombé malade, et à l’hôpital, on m’a expliqué qu’il était en phase de malnutrition. Jusqu’aujourd’hui, il ne se développe pas normalement».
L’allaitement insuffisant et le sevrage précoce sont indexés comme les principales causes de la malnutrition. Selon le nutritionniste Mbaïbel Mbaïoula Francis, la malnutrition aiguë ne se limite pas à une perte de poids ou à une faiblesse physique. « Elle affecte directement le développement cérébral de l’enfant, surtout durant les premières années de vie où le cerveau a besoin d’un apport suffisant en nutriments essentiels comme le fer, l’iode ou le zinc », explique-t-il. Les conséquences sont multiples et regroupent le retard cognitif, les difficultés d’apprentissage, les troubles de la mémoire et la baisse de concentration. Le développement du langage peut également être ralenti, compromettant l’acquisition de la parole. Mbaïbel Mbaïoula Francis poursuit que les enfants malnutris présentent souvent une apathie (manque d’énergie et d’intérêt pour le jeu) et une irritabilité accrue, un repli sur soi et une faible interaction sociale. Toutes ces anomalies traduisent une souffrance profonde et peuvent avoir des répercussions durables.
Insister sur une approche globale
Contrairement aux idées reçues, la malnutrition ne résulte pas uniquement d’un manque de nourriture. Elle est le produit de plusieurs facteurs entre autres les maladies infectieuses (diarrhée, infections respiratoires, paludisme), les pratiques alimentaires inadéquates, le manque d’eau potable et d’hygiène. La pauvreté, le faible accès aux services de santé, le manque de stimulation sont autant des facteurs qui aggravent la situation des enfants les plus vulnérables.
Face à cette situation, les spécialistes en la matière insistent sur la nécessité d’une approche globale. Il s’agit de la promotion de l’allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois et de la sensibilisation des parents aux bonnes pratiques nutritionnelles. L’accès aux soins de qualité combiné à l’hygiène demeure un apport conséquent. « Il faut également lutter contre la pauvreté et soutenir les familles, intégrer la stimulation psychosociale dans la prise en charge des enfants. Plus la malnutrition est détectée tôt, meilleures sont les chances de récupération de l’enfant », soutient le nutritionniste.
L’éradication de la malnutrition aiguë au Tchad nécessite une mobilisation à tous les niveaux : familles, communautés, autorités publiques et partenaires internationaux. Car au-delà d’un problème alimentaire, il s’agit d’un enjeu majeur pour l’avenir des enfants et du pays.
Aïmadji Sylvie












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