La maltraitance des enfants adoptifs est un phénomène de plus en plus préoccupant au sein des familles. Derrière des promesses d’un avenir meilleur, de nombreux enfants se retrouvent confrontés à des conditions de vie difficiles, marquées par l’exploitation et la privation de leurs droits fondamentaux. Face à cette réalité, une intervention plus ferme des autorités s’impose pour mieux encadrer la prise en charge de ces enfants vulnérables.
Dans une ruelle poussiéreuse de N’Djaména, Fatimé Yousouf, 13 ans, peine à transporter un seau d’eau lourd. Épuisée par les tâches domestiques, elle raconte avec hésitation son quotidien : « Au village, ma mère pensait que je viendrais à N’Djaména pour aller à l’école. Mais depuis mon arrivée, je n’ai jamais été scolarisée. Je m’occupe de la cuisine, du marché et du ménage. »
Le témoignage de Djénéba Djimra, 14 ans, est tout aussi alarmant. Dès l’aube, elle enchaîne les travaux ménagers pendant que les autres enfants de la maison partent à l’école. « Quand je fais une erreur ou que je casse quelque chose, on me frappe », confie-t-elle en larmes.
Comme ces dernières, Tarmadje Claire, fait partie de ces jeunes filles envoyées en ville par des proches avec l’espoir d’une vie meilleure. Mais une fois sur place, la réalité est bien différente. Pour beaucoup, la responsabilité revient aux adultes. Kertoumar Madawa, père adoptif, estime que le traitement réservé à ces enfants dépend du comportement du chef de famille. Selon lui, l’enfant adopté doit être considéré comme un membre à part entière du foyer, bénéficiant des mêmes droits et des mêmes chances que les autres enfants.
Dans de nombreuses communautés, accueillir l’enfant d’un parent est perçu comme un geste de solidarité. Pourtant, cette pratique se transforme souvent en exploitation. Tandis que les enfants biologiques sont scolarisés et choyés, l’enfant venu du village est relégué aux tâches ménagères, parfois au détriment de son éducation. Cette inégalité est souvent acceptée et normalisée. À Chagoua, dans le 7ème arrondissement, Gotiyo Bernadette, mère d’enfants reconnaît « Je ne peux pas demander à mes enfants de faire certaines corvées. C’est pour cela que j’ai fait venir ma nièce pour m’aider».
Ce phénomène, profondément enraciné, continue de fragiliser la société. Le sociologue Nangtoingué Ronel recommande de renforcer la sensibilisation des familles, notamment sur l’importance de l’éducation des filles. Il insiste également sur la mise en place de mécanismes de contrôle communautaire afin de détecter les cas d’exploitation. L’implication des chefs de quartier, des leaders religieux et des autorités locales est essentielle pour dénoncer ces abus.
Un retard scolaire inquiétant
L’un des aspects les plus préoccupants reste le retard de scolarisation. Certains tuteurs refusent tout simplement d’inscrire les enfants adoptifs à l’école. Vanawi Baima, enseignant, témoigne avoir vu des enfants commencer leur scolarité à 12 ou 13 ans. « À cet âge, ils ont déjà du retard et abandonnent rapidement l’école pour reprendre avec les travaux domestiques », explique-t-il.
Ces situations constituent des violations graves des droits de l’enfant : droit à l’éducation, à la protection contre les mauvais traitements et l’interdiction de l’exploitation. Les sanctions sont malheureusement rares. La peur de dénoncer un proche, la dépendance des victimes et l’absence de mécanismes d’alerte efficaces freinent l’application de la loi. La maltraitance des enfants adoptifs demeure ainsi une réalité persistante, nécessitant une mobilisation collective pour garantir à chaque enfant une vie digne et un accès équitable à l’éducation.
Un numéro vert pour dénoncer
Pour Molnou Man-Waroum Jémina, cheffe de service Ecoute, Counseling et Orientation à la Maison nationale de la Femme, les cas de maltraitance sont souvent gérés dans le centre d’écoute sur le numéro vert 1390. Selon elle, souvent, les victimes elles-mêmes ont peur de dénoncer. « On reçoit des appels sous anonymat, beaucoup plus des voisins pour signaler des cas. Notre centre intervient pour régler à notre niveau. Si cela nous dépasse, nous faisons appel au juge », explique-t-elle. Elle souligne que la Maison de la Femme fait un travail également de réinsertion à travers des sessions de formation sur la fabrication du savon en liquide, la pâtisserie et l’artisanat.
La cheffe de service Ecoute et Counseling confie, par ailleurs, que beaucoup de ces enfants sont privés de leurs droits parce qu’ils ne sont pas épanouis. Ils exécutent souvent des tâches difficiles. Elle a soutenu que le seul conseil qu’elle donne à la population est de ne pas hésiter à dénoncer aux autorités les plus proches ou en appelant sur le numéro vers 1390.
Pour Me Midaye Guérimbaye, avocat au barreau du Tchad, il n’y a pas un cadre spécifique pour l’éducation de l’enfant ; ce qui justifie la négligence des quatre principes fondamentaux de la Convention internationale des Droits de l’Enfant qui sont, entre autres, la non-discrimination, l’intérêt supérieur, le droit à la vie et à la participation. L’interlocuteur a ensuite mentionné que cette pratique met en confrontation le droit moderne et le droit coutumier du fait qu’en droit coutumier, l’enfant adoptif est considéré comme un domestique à l’exemple des enfants bouviers et les maitres des écoles coraniques qui maltraitent les enfants. Il a enfin insisté sur le droit moderne qui met l’accent sur la protection de l’Enfance.
Kemnelem Sophie












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