Médias : Tenir le pari du professionnalisme

Au début de la nouvelle année, le ministre de la Communication, Porte-Parole du gouvernement, Aziz Mahamat Saleh, a fait le tour d’horizon des questions liées à son département. L’état de la presse au Tchad, la situation de l’Agence Tchadienne de Presse et d’Edition (ATPE), le statut particulier des différents corps de la communication, le problème des décisionnaires et des contractuels et les perspectives l’année 2023 sont, entre autres, les grands axes d’une interview exclusive qu’a accordée le ministre au journal l’Info. 

L’INFO : Quels sont les projets mis en œuvre au cours de l’année 2022 ?

L’année 2022, a été globalement riche pour le gouvernement. C’est la réussite du Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) où les Tchadiens de l’intérieur et ceux de l’extérieur, y compris les politico-militaires, ont échangé sur les problèmes concernant l’avenir du pays. Puis, il y a les événements du 20 octobre qui ont eu un écho défavorable pour l’image du Tchad. Toutefois, malgré les difficultés, il faut essayer de trouver des solutions idoines et refonder le pays. Enfin, éviter à l’avenir les difficultés pour qu’il y ait plus d’équité et de justice dans le pays. C’est le vœu le plus ardent du Président de la transition et du Gouvernement d’union nationale.

Comment appréciez-vous l’état de la presse au Tchad ?

L’intervention et l’engagement des journalistes ont été exceptionnels et reconnus par tout le monde pendant le dialogue. Ils étaient plus de 300 de l’intérieur comme de l’extérieur à couvrir l’événement. Au-delà de tous, le travail des médias publics qui ont retransmis en direct tous les débats pour que les Tchadiens suivent de par le monde est salué. Je crois que c’est un défi qui a été relevé.  Il y a une reconnaissance spécifique à adresser aux médias du fait que les décisions issues du dialogue sont largement diffusées. Ce rôle a été magnifié par les plus hautes autorités et même les participants au DNIS. Dans les résolutions, il a été demandé que la presse reste indépendante mais aussi la question du financement de la presse doit être mieux gérée pour que certaines lois soient revues.

Sur le plan professionnel, le rôle non-négligeable de la HAMA est à saluer. Néanmoins, c’est un chantier ouvert et la responsabilité nous incombe entant gouvernement pour prendre à bras-le-corps la question pour l’inscrire dans le ^plan d’action 2023.  L’objectif étant d’avoir un plan d’action opérationnel avec toute la presse publique et privée, tous les services des médias et les techniciens pour dans l’optique d’avoir la cohérence et la justesse dans nos actions pour un meilleur rayonnement du pays.

L’Agence Tchadienne de Presse et d’Edition (ATPE) est le parent pauvre de la Communication. Son chantier en construction est à l’arrêt. Y va-t-il une explication?

Il est vrai que l’ATPE est en chantier. Mais, pour un bon chantier, il faut d’abord avoir de bons ingénieurs, une bonne planification et avoir les moyens et les ressources humaines adéquates.  La vision globale du chantier n’a pas été bien cernée dès le départ. Les choses ont été mises bout à bout sans une vision d’ensemble.

L’Agence Tchadienne de Presse et d’Edition (ATPE) doit en fait jouer pleinement son rôle. Elle doit être le catalyseur voire le pourvoyeur des informations officielles, au profit des autres. Il y a aussi l’édition qui a été rajoutée à l’ATPE, donc elle doit pouvoir également avoir les moyens nécessaires.  Malgré peut être le fait qu’il y ait eu une mauvaise planification, nous nous mettons maintenant ensemble avec l’ATPE en la mettant devant ses responsabilités. En tant que ministère de tutelle, nous allons faire le plaidoyer. C’est déjà fait pour que le budget soit augmenté sensiblement.

Le même plaidoyer a été fait lors du DNIS puisque l’une des résolutions est directement adressée aux gouvernants pour redynamiser l’ATPE et la renforcer en ressources humaines et matérielles nécessaires. Donc c’est une obligation des résultats comme l’a reconnu le Président de Transition, Président de la République, Chef de l’Etat. Nous avons la latitude de pouvoir réellement redorer le blason de cette Agence à travers du personnel adéquat, une bonne planification, un meilleur recadrage, une meilleure gestion des ressources humaines et financières. Aussi, pour que l’ATPE puisse avoir une couverture national. C’est aussi l’un des objectifs qui a été mis dans le cadre du budget 2023.

A quand le statut particulier des différents corps de la communication ?

Il faut partir sur des bases parce qu’il y a beaucoup d’éléments qui sont en gestation depuis des années et qui n’ont pas évolué. Il s’agit du plan national de la communication pour le développement. C’est un élément de base, si on veut qu’il y ait une vision globale et des objectifs quantifiés, il faut que ce plan national puisse être rapidement finalisé.

La question du statut particulier ne viendra aussi qu’au regard du rendement. On a dit tout à l’heure que au niveau du DNIS, il y a eu un rendement exceptionnel, il vaudrait que ça soit continu, harmonisé aussi bien dans le public que le privé ; que chacun sache le rôle qu’il a en tant que communiquant ou journaliste. Pour cela, si on s’entend sur le respect des règles de déontologie du journaliste, du professionnalisme, ce n’est que les journalistes eux-mêmes qui peuvent se juger et non quelqu’un d’autres. Ainsi, on peut espérer vraiment pouvoir faire avancer cette question relative au statut particulier qui aurait dû être traitée depuis longtemps. C’est évidemment l’un des chantiers sur lesquels nous avons beaucoup échangé parce que souvent l’un explique l’autre.

 En 2014, le Ministère de la Fonction Publique a reversé tous les décisionnaires des différents ministères comme contractuels. Les agents décisionnaires de la Communication n’ont pas obtenu cet avantage. Pourquoi le ministère de la Communication n’en fait pas une de ses préoccupations ?

La question des ressource humaines est globale pas seulement à l’ATPE. Que ça soit à l’ONAMA, à la Coordination générale du passage de l’analogique au tout numérique. Depuis quelques années la Fonction Publique était fermée ; elle commence à être rouverte il y a deux ans. Notre priorité c’est d’abord travailler sur l’existent. C’est faire le point de tous les stagiaires, pigistes, décisionnaires de l’institution pour être  priorisés aussi bien dans les contrats que dans les recrutements au niveau de la Fonction publique.

Nous allons continuer à faire le plaidoyer pour que ces professionnels qui sont déjà actifs, depuis des années,  puissent être pris en priorité. Pour certains profiles qui ne correspondent pas qui sont au ministère et dans certaines institutions, le temps viendra de pouvoir travailler. L’objectif majeur comme je l’ai dit aux personnels dans les réunions qu’on n’a eues, c’est d’essayer de pouvoir valider le plan de carrière globale. Aussi, la question de l’orientation est importante. On n’a trop de journalistes généralistes. Comment donc arriver à pouvoir les spécialiser ?

La plupart des cadres ayant des postes de responsabilité au ministère sont « importés ». Comment envisagez-vous redorer ce département sans les concernés ?

En réalité, remédier tout à l’heure à l’absence des règles c’est de l’anarchie. S’il y a une règle qui dit pour être un directeur technique quelque part voici le profil et voici les diplômes ça facilite les choses. A défaut de pouvoir désigner une telle personne, on peut essayer de trouver un profil qui se rapproche. C’est un engagement de tout le monde que ce soit les syndicats, les professionnels, les ordres ou le ministère, on va y réfléchir et travailler à la mise en place de ce plan de carrière. Il y a des règles qui peuvent être discrétionnaires. Parfois un certain nombre de postes peuvent être des décrets mais ce n’est pas compréhensible que les agents d’exécution, les chefs de service, les chefs de division qui sont la cheville ouvrière des actions ne le soient pas.  L’objectif est un plan de carrière qui puisse permettre d’avoir un profilage à des postes et à partir de là dans toutes les institutions ça va être beaucoup plus aisé avec des indicateurs de résultats qu’on va également mettre œuvre pour une gestion claire.

Quelles sont les perspectives du ministère de la communication pour l’année 2023 ?

Les perspectives, elles sont bonnes parce que globalement le budget de l’état est en hausse de 20 % et celui du ministère de la Communication aussi est légèrement en hausse.  Mais au-delà du budget, ce qui est vraiment important pour cette année 2023 c’est d’abord la mise en place effective des résolutions du dialogue. Une fois absolument revoir les lois globales qui font la presse,  il nous faut lancer le chantier relatif à l’école de journalisme et également très vite mettre en place la tarification du plan national de communication pour le développement. C’est un plan qui existe dans la plupart des pays donc il faut le faire et au-delà de ça les perspectives des résultats vont être un certain nombre d’indicateur de résultat.

La RNT, l’objectif est de pouvoir lancer le chantier pour qu’elle soit réécoutée par tous les Tchadiens. Concernant le passage analogique au numérique, il y a des projets pilotes sur quatre zones qui ont été identifiés. Et il faut les rendre opérationnel rapidement.

La redynamisation de l’ATPE c’est tout un chantier, mais nous devons bâtir ensemble. Quand je dis ensemble, l’ATPE qui est une institution sous-tutelle mais avec une autonomie de gestion, le travail et le soubassement doivent d’abord venir d’elle. Nous sommes en pilotage, en arbitrage et nous sommes en impulsion pour essayer d’aider. Mais c’est d’abord des initiatives et des propositions pour que les choses puissent avancer. Et ceci, j’attends de toutes les institutions et les services qu’on puisse mettre les gens au travail. Il ne s’agit pas seulement de venir au travail mais il faut être vraiment effectivement au travail mais faire un rendu du travail.  Que vous soyez agents, chef de service, chef de division ou directeur, directeur général chacun en fonction de ses responsabilités qui lui sont légalement attribuées. J’y vieillirai et les sanctions qui viendront ensuite c’est justement l’absence des rendus.

Le déploiement des agents est aussi dans l’agenda ; car nos provinces sont vidées des techniciens et des journalistes formés. C’est un axe majeur pour permettre de pouvoir mieux redéployer en faisant bien évidemment une situation de l’existent au niveau des ressources humaines.

Il faut aussi revoir la question de l’aide à la presse pour une gestion plus équitable. La question du professionnalisme toutes ses questions nous devons essayer de mettre ensemble avec les différents corps, les syndicats, le privé comme le public pour qu’il y ait une vision d’ensemble, pour que nous ayons une communication plus dynamique avec plus de professionnalisme et du résultat concret. Que cette année soit une année de paix et de cohésion.

 Propos recueillis par Ngartoïde Hugo

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