Société

Mémoire en cendres : Les archives sont le socle de notre société

Le 9 juin marque la Journée internationale des archives. Cette année, le thème « Archives pour la justice : droits, mémoire et avenirs » rappelle une réalité oubliée. Les documents ne sont pas de vieux papiers inutiles. Ils constituent le socle de notre identité et de notre État de droit.

​L’actualité récente de notre pays illustre les conséquences graves de la négligence. En octobre 2025, Mahamat B. D., sous-préfet de Mangalmé dans la province du Guéra, a été arrêté, suspendu de ses fonctions puis condamné à 10 mois de prison. Son crime ? Avoir volontairement brûlé des archives administratives antérieures à 1970. Ce geste a effacé une partie de la mémoire collective de la région. Ces documents retraçaient l’histoire locale, les droits fonciers et les trajectoires administratives. Détruire ces archives, c’est priver les citoyens de leurs preuves. C’est entraver la justice et rendre l’exercice du pouvoir arbitraire.

​Les archives publiques et familiales ont une valeur incommensurable. La conservation n’est pas qu’une affaire d’État. Elle commence au sein des familles. Les actes de naissance, les titres de propriété ou les correspondances privées forment le patrimoine légué aux générations futures. Quand une société banalise ces traces, elle s’efface elle-même.

​Les archives des communes et des administrations publiques occupent une place centrale. Elles assurent la continuité de l’État. Elles permettent de passer le témoin dignement à ceux qui assureront la relève. Sans ces archives, la gestion publique devient une répétition d’erreurs. La transparence disparaît au profit de l’opacité.

Cinq piliers pour comprendre notre monde

​Le Conseil International des Archives définit cinq axes pour cette édition 2026 : Justice et responsabilité : Les archives garantissent l’État de droit. Elles permettent d’établir la vérité historique. En parlant de justice, les archives assurent la dignité humaine. Elles reconnaissent les parcours individuels et collectifs. Pour une bonne inclusion, l’accès aux documents permet l’autonomisation des communautés.

​Pour ce qui est de nos héritages coloniaux, les archives aident à contextualiser notre passé. Elles permettent une compréhension lucide de nos racines. La préservation doit intégrer les nouvelles technologies. Le défi numérique est aujourd’hui crucial pour ne pas perdre la mémoire de demain. Il permet d’avoir des archives du futur.

Un devoir collectif

​La destruction des archives de Mangalmé montre que le danger vient souvent de ceux qui sont censés protéger ces trésors. La gestion des documents est un acte politique. Une archive bien tenue garantit la justice. Elle protège les droits des citoyens.

​Si nous ne valorisons pas notre patrimoine documentaire, nous nous condamnons à une amnésie dangereuse. La survie d’une communauté dépend de sa capacité à conserver les traces de son existence. Le 9 juin n’est pas une simple date de célébration. C’est un rappel de notre responsabilité.

​Nous devons exiger une meilleure gestion des archives dans chaque mairie et chaque sous-préfecture. Nous devons protéger nos archives familiales avec le même soin. La mémoire est un droit. La préserver est un devoir envers ceux qui nous succéderont.

​Le cas de Mangalmé doit servir de leçon. Brûler une archive, c’est brûler un peu de notre futur. Il est temps de considérer ces documents comme des outils de justice et de progrès.

Streve Dinguemtog

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