Après les fêtes de fin d’année, plusieurs quartiers de N’Djaména peinent à retrouver un cadre de vie sain. Les rues, souvent encombrées de sacs d’ordures, de restes alimentaires et de peaux d’animaux témoignent d’une accumulation rapide des déchets ménagers. Si les célébrations ont accentué le phénomène, elles révèlent surtout des pratiques quotidiennes des ménages et les limites du système de gestion des ordures dans la capitale.
Singyabé Samira, habitante de quartier Kabalaye, observe avec inquiétude l’état de son environnement. « Actuellement, certains habitants de notre quartier sont indisposés à cause des déchets déposés n’importe où. L’odeur est très nauséabonde », explique-t-elle. Pourtant, elle affirme avoir pris des dispositions pour éviter ce genre de situation. « J’ai un contrat avec un service d’hygiène qui passe chaque week-end récupérer mes ordures. Pendant les fêtes, je l’ai appelé et il est venu aussitôt ». Pour elle, le problème dépasse la simple question du ramassage. « Tant que chaque ménage ne prendra pas conscience du danger que représentent les déchets, on aura toujours ce problème. Les enfants qui jouent partout sont les premières victimes de la mauvaise gestion des ordures », insiste-t-elle.
Dans d’autres quartiers, la réalité est plus nuancée. A Moursal, Nguéramadji Arnaud, la trentaine reconnaît que la période des fêtes complique la gestion des déchets. « Après les grandes cérémonies, on se retrouve avec beaucoup de déchets à la maison, surtout les déchets organiques comme les peaux d’animaux ». La solution la plus courante reste le dépôt dans les dépotoirs des quartiers, mais lorsque le ramassage tarde, certains n’hésitent pas à les abandonner dans la rue. « Quand on a de l’espace, on peut enterrer les peaux d’animaux et autres issus des fêtes dans la cour, mais ce n’est pas le cas de tout le monde », précise-t-il. Malgré cette lucidité, les habitudes changent difficilement. « Il manque des poubelles publiques et le ramassage n’est pas toujours régulier. Chacun finit par se dire que ce n’est pas seulement son problème », observe-t-il.
Des communes mobilisées, mais sous pression
Face à cette situation, les communes tentent d’adapter leur dispositif, surtout en période festive. Le maire du 3ᵉ arrondissement de N’Djaména, Ahmat Goni Tidjani, explique que son arrondissement fait face à des contraintes particulières. « Nous sommes au centre de la ville, avec une forte densité de population et des zones très fréquentées comme le marché central et le quartier Kabalaye. Pendant les fêtes, la quantité de déchets augmente considérablement », souligne-t-il. Pour y répondre, « nous avons augmenté la fréquence de passages des agents, déployé des équipes permanentes du 25 au 31 décembre et installé des tracteurs et des caissons dans les zones les plus sensibles », détaille le maire. Aujourd’hui, plus de 33 tonnes de déchets sont collectées chaque jour dans l’arrondissement, notamment autour du marché central. « Malgré les dispositifs mis en place, certains ménages continuent de déposer les ordures partout. Quand une personne agit ainsi, elle nuit à toute la communauté », regrette Ahmat Goni Tidjani. Il dénonce également la persistance du brûlage des déchets à l’air libre, malgré les campagnes de sensibilisation.
Pour Ghislain Bindah Dingaotabet, acteur de la transition écologique, les fêtes n’ont fait qu’exacerber un problème structurel. Avec amertume, il déclare observer une accumulation excessive des déchets et leur déversement dans des endroits non autorisés, surtout sur les voies publiques. D’après lui, « plus de 65 % des déchets ménagers sont organiques et peuvent être transformés en compost ou en biogaz ». Selon son analyse, le principal obstacle reste l’absence de tri à la source, car les déchets sont mélangés, ce qui réduit fortement leur potentiel de valorisation. La solution à son avis passe par une sensibilisation continue et une responsabilisation des communautés. « Il faut impliquer les ménages dans toutes les étapes de la gestion des déchets. Tant que les populations ne se sentiront pas concernées, les mêmes problèmes vont se répéter », conclut-il. À N’Djaména, améliorer durablement le cadre de vie commence autant par les comportements individuels que par l’efficacité des services publics.
Sikngaye Tamaltan Inès












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