Société Tchad

N’Djaména : Plusieurs voies publiques plongées dans l’obscurité

À la tombée de la nuit, certains quartiers de N’Djaména manquent d’éclairage public. Sur le cas de l’avenue du 10 Octobre, située dans le quartier Dembé, en passant par l’avenue Brahim Abatcha et autres, le constat est amer.

Longue d’environ quatre kilomètres, cette grande voie relie le Rond-point du marché de Dembé au Rond-point gazelle. Très fréquentée par les habitants des quartiers sud de la ville, elle est l’un des axes les plus empruntés de la zone. Pourtant, à partir de 18 heures, l’obscurité devient presque totale, faute d’éclairage public.

Cette situation suscite de vives inquiétudes chez les riverains. Mahamat Ahmed, habitant du quartier, exprime son inquiétude : « Nous sommes en pleine ville, mais nous n’osons pas envoyer nos filles le soir, par peur qu’elles soient agressées. La voie n’inspire pas confiance », déplore-t-il. Selon lui, les difficultés sur cet axe se multiplient tout au long de l’année. « Rien ne marche sur cette voie. C’est comme si nous ne vivons pas dans la capitale. Nous souffrons durant les 12 mois de l’année. Il y a le délestage, et pendant la saison des pluies, il est difficile d’emprunter cette route, les agressions sont fréquentes parce que nous sommes dans l’obscurité»,ajoute-t-il.

Un autre riverain considère comme un manque d’attention des autorités municipales. « C’est la négligence de la Mairie. Il y a des ruelles peu fréquentées qui sont bien éclairées simplement parce qu’une autorité y habite. Mais une grande voie comme la nôtre reste dans l’obscurité. Nous avons même adressé une demande à la Mairie, mais elle est restée sans suite», affirme-t-il.

Au-delà des questions de sécurité, l’absence d’éclairage public affecte également les activités économiques. Une coiffeuse installée au bord de l’avenue explique que son chiffre d’affaires a fortement chuté. « Avant, lorsque la voie était éclairée, je pouvais garder mon salon ouvert jusqu’à 23 heures. Je travaillais dans la journée et aussi le soir, ce qui me permettait de doubler mes recettes. Aujourd’hui, tout est sombre, les clients ont peur de venir la nuit et préfèrent passer dans la journée. Cela affecte directement mon économie»,confie-t-elle.

Le manque de lumière favorise aussi les accidents de la route. Oumar Mahamat, un usager, raconte un incident dont il a été témoin. « Il y a souvent des accidents sur cet axe. Un soir, un conducteur roulait avec une voiture dont un phare était endommagé. Un autre homme à moto sortait d’une ruelle et pensait qu’il s’agissait d’une moto. Il a dévié, mais il a fini sous la voiture et a été gravement blessé. Si la voie était bien éclairée, il pouvait voir la voiture et ce qui était arrivé n’arrivera pas », témoigne-t-il.

L’avenue Ibrahim Abatcha qui relie le Rond-point Hamama au rond-point SNER en passant devant le Ministère de la Santé publique et de la Prévention, souffre d’un manque criant d’éclairage public. Sur cette voie, les lampadaires ne servent, selon les usagers, que d’objets décoratifs. Moussa Ali, un sexagénaire, ironise, « cette voie a été inaugurée il y a plus d’une dizaine d’années, mais jusqu’à nos jours, les lampadaires ne sont pas allumés, pas même pendant 30 minutes. On dirait que les poteaux servent seulement pour la décoration».

Un conducteur de moto-taxi, assis sur sa moto en attendant des clients, explique que la dégradation de la chaussée aggrave la situation. Les nombreux nids-de-poule provoquent régulièrement des chutes de motocyclistes. « Souvent, certains s’en sortent avec des fractures, d’autres sont transportés d’urgence à l’hôpital dans un état de coma, et parfois certains meurent sur le coup. Tout cela à cause du manque d’éclairage public », déplore-t-il, avant d’ajouter : « Imaginez si les autres voies sont aussi dans le même état ».

Interrogé sur cette situation, le responsable de l’éclairage public à la Mairie de N’Djaména, Massina Malandji, explique que les équipes municipales font face à plusieurs difficultés.  « Le principal problème reste le vol des câbles en cuivre qui alimentent les lampadaires en électricité. Certaines personnes les coupent et les emportent. Dans ces conditions, il devient difficile de maintenir la ville éclairée, » explique-t-il. Il précise que les équipes techniques interviennent principalement durant la journée pour réparer les installations, tandis que la sécurisation des équipements la nuit reste un défi malgré les rondes de surveillance organisées dans certains quartiers.

Malgré ces efforts, l’éclairage public demeure un problème dans plusieurs zones de la capitale. Pour Massina Malandji, la solution passe aussi par une prise de conscience collective.« La ville appartient à tout le monde. Si chacun protège les installations publiques, il sera plus facile de garantir un éclairage durable pour tous, » conclut-il.

Zara Sakawa Abba-Meï

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