A l’approche de la saison pluvieuse, certains forgerons s’activent ardemment dans la fabrication des outils agricoles qui peinent parfois à trouver preneurs. Malgré un engouement jugé timide, certains s’en mettent pleines les poches tandis que d’autres restent optimistes. Ils fabriquent houes, charrues, haches, etc.
Sous un soleil ardent qui pèse sur N’Djaména, un vacarme métallique assourdissant accueille le visiteur du côté Est du marché de Dembé. C’est ici que les forgerons, véritables maîtres du feu, transforment le métal brut en outils essentiels pour le travail de la terre. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud, au sens propre comme au figuré.
Pour dompter la matière, il faut soumettre le fer à une température extrême jusqu’à ce qu’il rougisse. C’est à ce moment précis que le forgeron, par la force de ses bras et la précision de son marteau, peut le courber et le transformer à sa guise.
Seïd Djibrine, la soixantaine, exerce le métier depuis plus de 40 ans. Selon lui « ça donne de l’argent et je m’occupe de ma famille. Ici, on a des clients fidèles. Nous sommes encore à l’approche des pluies, mais les plus prévoyants viennent déjà s’équiper».
Une gamme d’outils pour tous les budgets
Malgré une affluence encore jugée « timide » par certains, les étals regorgent de matériel prêt pour les champs. Les prix reflètent la diversité du travail fourni. Ici, on note une distinction entre les outils classiques et les pièces plus complexes comme les charrues, dont le prix peut doubler selon la robustesse et la taille demandées par l’agriculteur. Le prix des outils varie d’un à l’autre. La hache est à 3 000 FCFA, la houe à 2000 FCFA, la charrue à 10 000 et 20 000 FCFA selon le gabarit.
Si le client local reste le pilier du marché, une nouvelle dynamique s’installe. Les forgerons de Dembé ne fournissent plus seulement le paysan du coin. Ils sont devenus les partenaires d’organisations internationales. Zakaria Souleymane, en est l’exemple parfait. Pour lui, le métier a pris une tournure plus formelle. Il traite parfois avec l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER).
« Ce sont les ONG, comme la Croix-Rouge, qui viennent commander du matériel agricole chez moi. Pour encaisser mon argent, j’ai même dû créer un compte bancaire. Parfois, ce sont directement des expatriés, des « Blancs », qui viennent acheter ici», déclare le forgeron, Zakaria Souleymane.
Cette professionnalisation (factures, avances, commandes groupées) montre que l’artisanat tchadien possède une qualité reconnue par les acteurs du développement. Certains forgerons sont optimistes malgré l’attente. Pour la jeune génération, comme Abakar Abdoulaye, l’heure est à la patience mais aussi à l’espoir. Si les clients ne se bousculent pas encore, il reste convaincu que le pic d’activités est imminent. « Les clients viennent parfois acheter la houe, les machettes. Mais inchallah, ça va aller. On fait tout ici », confie-t-il avec un sourire déterminé.
Streve Dinguemtog (stagiaire)












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