Le fleuve Chari, l’un des principaux cours d’eau du Tchad, joue un rôle vital pour des millions de personnes. Il alimente le lac Tchad, soutien les activités de pêche, d’agriculture, d’élevage et constitue une source essentielle d’eau pour les populations riveraines. Ce fleuve est aujourd’hui confronté à une pollution de tout genre aux conséquences alarmantes sur l’écosystème aquatique et la santé humaine.
Dans les localités riveraines tout comme à N’Djaména, les eaux usées domestiques sont souvent rejetées directement dans le fleuve sans traitement préalable. Des déchets solides, plastiques ainsi que les ordures issues des marchés, des abattoirs et de certaines industries s’y déversent. L’utilisation incontrôlée des engrais chimiques et de pesticides dans les zones maraîchères situées le long du fleuve entraine le ruissellement des substances toxiques vers l’eau. Ces polluants sont largement dispersés pendant la période de crue aggravant ainsi la contamination de l’eau.
A certains endroits, l’eau prend une couleur trouble. « Avant, l’eau était claire mais, ces derniers temps, même les poissons semblent fuir certains endroits et de certaines espèces disparaissent complètement», témoigne Ngarndiguim Sébastien, pêcheur depuis plus de dix ans sur le fleuve Chari. Selon lui, les prises diminuent d’année en année. « On rentre parfois avec des filets presque vides», se lamente-t-il. Certains pécheurs parlent de poissons morts flottant sur le fleuve après des rejets d’eaux sales. « Il y a des moments où l’eau dégage une mauvaise odeur. Et quand cela arrive, on sait d’emblée que la pêche sera aussi mauvaise pendant plusieurs jours », nous explique Alngar Silas, un pêcheur rencontré sur la rive de Chagoua. La pêche artisanale qui est considérée comme principale source de revenus pour de nombreuses familles riveraines, est en net recul, accentuant la précarité.
Veiller sur la santé humaine
Malgré les risques, les riverains continuent d’utiliser l’eau du fleuve pour des besoins quotidiens. Certaines familles la consomment cette même eau après une simple décantation. A proximité du fleuve, les cultures maraichères se développent, irriguées directement par l’eau du Chari. Une pratique qui inquiète certains habitants. Les légumes sont arrosés par cette eau polluée et les produits se retrouvent sur les marchés. Dans ce cas de figure, la contamination progressive de la chaîne alimentaire augmente.
Pour les spécialistes de l’environnement, la situation est critique. En se référant aux travaux de Ngaram (Chercheur, ndlr), explique Ahmed Seïni Alexis, ingénieur en Ressource et Gestion de l’eau, aucune étude physicochimique majeure des eaux du fleuve Chari n’a été réalisée, malgré le fait que depuis l’indépendance du Tchad en 1960, quelques usines agroalimentaires, des hôpitaux, des usines textiles, des abattoirs soient installées sur ses rives. Les résultats des analyses obtenues après le suivi en 2008 et 2010 n’ont montré que la présence des traces métalliques dans le Chari. Mais au fil du temps, la situation a dégénéré mettant la santé humaine et animale en péril, alarme-t-il.
Ahmed Seïni Alexis poursuit que « des études scientifiques montrent qu’une contamination significative des eaux d’un fleuve par des métaux lourds, avec des sédiments plus contaminés provenant des eaux usées affectent les espèces comme la tilapia (carpe) et le lates niloticus (capitaine) et bien d’autres comme le clarias (silure)» Face à cette réalité, les acteurs environnementaux appellent à des mesures urgentes comme l’amélioration de l’assainissement, le contrôle des rejets polluants, la sensibilisation des populations et l’application stricte des lois environnementales, car protéger le fleuve Chari, c’est protéger la vie.
Les autorités doivent, au vu de ce constat, se pencher sur la survie du fleuve Chari. Geste qui garantira la sécurité des êtres aquatiques et la vie des milliers des êtres humains, consommateurs des produits halieutiques.
Man-Ya Allah Gisèle












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